Wales & Divers

Wales & Divers
Anuar Patjane Floriuk / National Geographic Traveler Photo Contest

28 janvier 2017

DOC: Jack London, une aventure américaine

Un documentaire biographique sur Jack London, sa vie et son œuvre.



À l'occasion du centenaire de sa disparition, ce documentaire biographique s'intéresse à la vie de Jack London (1876-1916), un des plus grands écrivains nord-américains, et un des piliers du courant littéraire nature writing. 
À travers des images d'archives, des interviews de spécialistes et des reconstitutions (sous forme de fiction), le film retrace sa vie de manière chronologique, depuis son enfance dans les faubourgs pauvres de San Francisco jusqu'à sa mort, en passant par ses années d'errance dans le pays, son long séjour dans le Klondike durant la ruée vers l'or, ses années de croisière dans le Pacifique sur le Snark, son travail de photographe dans les quartiers pauvres du Londres des années 1900, ou encore ses missions d'envoyé spécial pendant la guerre russo-japonaise... Autant de chapitres d'une vie bien remplie qui ont construit l'œuvre profonde, originale et prolifique (plus de 50 romans) de Jack London. Malheureusement, si ce documentaire n'oublie rien, il se contente de peu. Aucun de ces chapitres ne creuse vraiment le sujet qu'il aborde, que ce soit les thématiques inhérentes à ses nombreux voyages, son implication dans les mouvements socialistes nord-américains, ou encore les connexions réelles entre sa vie et ses écrits.
Les néophytes y trouveront une bonne introduction à la vie de Jack London alors que les spécialistes et les inconditionnels resteront sans doute un peu sur leur faim.

Un documentaire intéressant et complet, mais sans réelle profondeur.

Jack London, une aventure américaine, un documentaire de 96' réalisé par Michel Viotte, diffusé en 2016.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD






Sur ce site, à propos de la conquête de l'Ouest:


 


23 janvier 2017

FILM: Cast away / Seul au monde

Un employé de FedEx survit à un crash d'avion dans le Pacifique et se retrouve seul sur une île déserte ...


Inutile d'essayer de le cacher, Seul au Monde est un film hollywoodien, basé sur un scénario huilé et efficace, mais souvent cousu de fil blanc. L'histoire s'ouvre par une longue introduction visant à présenter le héros dans son quotidien protégé et confortable, mais aussi (et surtout) FedEx, célèbre société de livraison à domicile, personnage à part entière du film, et sans doute aussi investisseur conséquent dans son financement. L'épilogue, lui, s'étire un peu trop pour aboutir sur un happy end consensuel à la fois touchant et insupportable.
Pourtant, le film fonctionne, car entre ces deux phases un peu classiques, Seul au Monde offre une bonne heure et demie d'immersion dans une histoire de survie honnête et prenante, portée par une prestation très investie et convaincante de Tom Hanks, sans doute à cette époque à l'apogée de sa carrière. 
Après une incroyable séquence de crash d'avion vue de l'intérieur et une non moins stupéfiante séquence de survie dans une mer déchainée, Chuck Noland, un cadre supérieur de chez FedEx se retrouve seul sur une minuscule île du Pacifique. Au programme, visite de cet ilot du bout du monde, apprentissage de l'allumage de feu, découverte des joies de la pèche, expériences d'ouverture de noix de coco, séance d'auto chirurgie dentaire, et inévitable chantier de construction de radeau.
Si cette réappropriation du mythe de Robinson Crusoé n'est pas toujours originale, elle s'offre tout de même quelques transgressions innovantes. Dans Seul au Monde, point de cabane, de lit ou de table de fabrication artisanale, notre rescapé solitaire se contentant du minimum, à savoir une grotte pour les jours de pluie, et une porte de placard d'avion en guise d'abri pour les journées trop ensoleillées. Petit à petit, la mer rejette sur la plage une collection de paquets (non livrés) FedEx, et nous offre une scène hilarante dans laquelle le héros, comme un enfant un matin de Noël, ouvre les uns après les autres ses cadeaux de fortunes. Certains lui seront précieux dans sa quête de survie, d'autres absurdement inutiles. Vendredi cède sa place à Wilson, un ballon de volley-ball maquillé en visage, qui, véritable exploit, parvient par moment à voler la vedette à Tom Hanks.
Petit à petit, sur ce petit morceau de terre perdu dans l'immensité de l'océan, le temps se dilate, notre héros s'adapte, évolue, souffre, et nous avec lui. Et lorsqu'il quitte enfin sa prison, il nous laisse à la fois soulagés de le voir regagner la civilisation, et frustrés de ne pas rester encore un peu sur cette île du bout du monde.

Une version contemporaine de Robinson Crusoé. Hollywoodien, mais réussi.

Cast Away, un film de Robert Zemeckis, sorti en 2000.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD.






22 janvier 2017

ROMAN & FILM: Le Mur Invisible

Quelques part dans les Alpes autrichiennes, une femme se retrouve prisonnière de sa vallée, subitement entourée par un mur invisible infranchissable ...



Une femme (dont on ne connaitra jamais le prénom ni le nom) rend visite à des amis dans un chalet à la montagne. Alors que ses hôtes sont partis pour faire des courses au village le plus proche, elle découvre qu'un mystérieux mur invisible isole dorénavant sa vallée du reste du monde. Elle va devoir s'organiser pour survivre et apprendre à vivre seul, loin des Hommes...
Autant le préciser dès maintenant, le Mur Invisible est un des romans sur le rapport à la nature les plus purs et les plus bouleversants que j'ai lu. À partir d'un postulat de base fantastique qui ne sera jamais expliqué et qu'il faut accepter froidement, comme notre héroÏne, le Mur Invisible se révèle vite être à la fois un conte philosophique profond sur l'isolement et la solitude, et un véritable récit de nature writing. Pour survivre dans ce monde fermé, cette femme va devoir mettre en place des routines à la fois mentales et logistiques qui vont, au fil des pages, évoluer et s'imprégner en nous les unes après les autres. L'immersion est totale. Très vite, ses victoires, ses échecs, ses états d'âme et ses errances deviennent les nôtres. La nature, omniprésente à travers les éléments naturels (vent, neige, pluie, froid, chaleur...) mais également la faune locale (chien, chat, vache, ainsi que quelques surprises que je ne vous dévoilerai pas) est ici une arène pleinement exploitée par l'héroïne, au sens propre comme au sens figuré. Sa vallée devient la nôtre, on finit par s'y sentir chez nous, et en connaitre comme elle les moindres recoins.
Si le cheminement intérieur de son héroïne n'est pas aussi intime et profond dans le film que dans le roman, l'adaptation cinématographique du Mur Invisible est à la fois fidèle et aboutie. Ici, par de trahison à des fins commerciales, juste une mise en image fidèle et élégante du récit initial. La qualité du film repose en grande partie sur sa comédienne, Martina Gedeck (vue dans La Vie des Autres, autre chef d'oeuvre récent du cinéma allemand), seule représentante de la race humaine à l'image, qui tient le film sur ses épaules à travers une interprétation à la fois sobre et habitée. Avec elle, nous passons près des trois quarts du film dehors, à ciel ouvert, dans cette vallée verdoyante en été et glaciale en hiver, dans une réelle proximité avec la nature. Une voix intérieure, à la fois présente et discrète, nous invite à partager ses errances et ses états d'âme sans jamais nous faire sortir du film. Un véritable exploit tant l'utilisation de la voix off se révèle souvent un exercice périlleux. 

À la fois ode à la nature et conte philosophique, un petit chef-d'oeuvre sublime et méconnu de la littéraire germanique, et sa fidèle adaptation cinématographique. 

La mur invisible, un roman de Marlen Haushöfer, publié en 1963.
Disponible aux Editions Babel et Actes Sud.
Prix Arthur Schnitzler 1963




Le mur invisible (Die Wand), un film allemand de Julian Pölsler, sorti en 2012
Disponible en DVD/BlueRay/VOD
Nommé pour l'Oscar 2014 du Meilleur Film Etranger.






Sur ce site, pour les amoureux des films contemplatifs:

DOC: Two Years at Sea
FILM: La Tortue Rouge
FILM: Printemps, été, automne, hiver et printemps














17 janvier 2017

PHOTO: Concours National Geographic 2016

Quelques  magnifiques photos des lauréats du
National Geographic Travel Photographer of the Year Contest 2016.


Crédit photo: Alison Langevad






Crédit photo: Missy Mandel


Crédit photo: G. Lecoeur


Crédit photo: Alison Tracey Jenings

FILM: Dans la Forêt

Suite à une gigantesque panne d'énergie, deux soeurs survivent seules dans leur chalet au coeur d'une forêt ...


La déception de ce Into the Forest est à la hauteur de l'espoir que son résumé avait suscité: deux soeurs survivent dans une forêt, après une rupture énergétique de notre monde civilisé.
Malheureusement, le film devrait plutôt s'intituler Into a Cabin In a Forest tant les deux héroïnes passent leur temps à l'intérieur de leur chalet, loin de cette forêt que le titre vendait. Et on ne peut pas vraiment leur en vouloir: elles ont un toit étanche et des murs solides, beaucoup d'espace, des livres, une cheminée, de l'eau et de la nourriture à profusion... Aucune véritable raison de s'aventurer loin de chez elle, sauf éventuellement pour aller cueillir des mûres pour faire des tartes (véridique). Survivent à ce fiasco deux ou trois scènes à ciel ouvert plutôt réussies, et le plaisir de suivre l'évolution des relations entre Ellen Page (Juno) et Evan Rachel Wood, deux comédiennes plutôt talentueuses qui n'ont pas grand-chose à défendre, mais le font avec professionnalisme et conviction jusqu'au bout. Et lorsque le dernier plan arrive et que les deux soeurs se retrouvent seules (ou presque) dans la forêt, on se prend à espérer que ça ne soit que le début et que le film commence enfin avant que le générique ne vienne nous inviter à passer à autre chose. 

Un pitch très prometteur pour un film qui ne traite pas vraiment de son sujet.

Into the Forest, un film de Patricia Rozema sorti en 2015.
D'après le roman eponyme de Jean Hegland.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD.






16 janvier 2017

ROMAN: Soudain, seuls




Un couple se retrouve piégé sur une île inhabitée du sud de l'Atlantique suite à la disparition de leur voilier ...






Les romans français de nature writing de qualité sont rares, et Soudain, seuls en est un.
Isabelle Autissier, son auteure, est une ancienne navigatrice (la première femme a avoir accompli un tour du monde à la voile en solitaire en compétition), passionnée d'alpinisme, et actuelle présidente du WWW France. Son vécu et sa volonté de le partager à travers cette fiction se ressentent à chaque page de ce roman âpre, authentique et dépaysant, et, à l'arrivée, assez perturbant. 
Dans la première partie, la plus longue, nous suivons l'histoire de Louise et Ludovic, deux citadins, enfants de notre société occidentale archi protégée, condamnés à survivre dans des conditions plus qu'extrêmes sur une petite île isolée du sud de l'océan atlantique. Le postulat de base (alors qu'ils sont bloqués à terre à cause d'une tempête, leur voilier, mouillé dans une crique, disparait pendant la nuit) fonctionne, et leur désespoir se révèle à la hauteur de leur isolement et de leur solitude alors que l'hiver austral approche.
Dans cette première partie, tout est là: la solitude, les grands espaces, la lutte pour la survie, la faune locale, les tensions dans le couple... Les chapitres s'enchainent rapidement, l'histoire avance sans temps mort, mais au fil des pages, une sensation inattendue apparaît: tout va trop vite, comme si l'auteure avait cédé à la volonté d'un éditeur de rester dans un format court et facile d'accès, une lecture rapide pour un public plus large. Et c'est parce que la matière est là, omniprésente, et que l'immersion fonctionne, que les puristes comme moi pourront avoir ce sentiment de frustration, ce goût d'inachevé.  Une réserve plus qu'une critique, pour une formidable histoire, portée par des personnages attachants et symboliques de notre monde occidental, plongés dans un environnement vraiment hostile. 
Je ne révèlerai rien de la seconde partie du roman, plus classique (mais tout aussi intéressante), pour préserver le dénouement de cette histoire à ceux qui auront envie de passer un peu de temps avec Louise et Ludovic sur leur île perdue au bout du monde... 

Un vrai roman de nature writing à la française. Une réussite. 

Soudains, seuls, un roman d'Isabelle Autissier.
Paru aux Editions Stocks (2015), disponible en Livre de Poche.














9 janvier 2017

FILM: The Grey / Le Territoire des Loups

Un avion s'écrase dans les neiges de l'Alaska sur le territoire d'un meute de loup. Les rescapés tentent de survivre dans un environnement hostile ...













Malgré la présence de Liam Neeson, The Grey, traduit maladroitement en français par Le Territoire des Loups, est passé un peu inaperçu lors de sa sortie, alors qu'il méritait sans doute davantage d'attention, de reconnaissance et de succès. Car The Grey est pour moi une des oeuvres cinématographiques marquantes de ces dix dernières années, ainsi qu'un des films les plus aboutis (et les plus durs) sur le rapport à la nature. 

John Ottway (Liam Neeson) et une dizaine d'ouvriers travaillant sur un chantier de construction d'oléoduc en Alaska survivent à un crash d'avion pour se retrouver seuls, en plein hiver, sur le territoire de chasse d'une meute de loups affamés par le froid. 
Dès les premières images, le réalisme de la mise en scène nous projette dans le film. Dans The Grey, pas de reconstitution en studio, de scènes avec de la fausse neige ou de condensation rajoutée en post production. Dans The Grey, tout a été tourné dans de véritables conditions, dans le Grand Nord canadien, dans de véritables décors naturels, en plein hiver, dans le froid et le vent, loin du confort du monde civilisé. Ce parti pris radical finalement assez rare se ressent à chaque image, mais aussi dans le jeu des acteurs, sur leur peau, dans leur regard, et, finalement, dans leur âme. Comme les personnages qu'ils interprètent, les comédiens (et les techniciens) sont allés se confronter à la réalité de l'histoire qu'ils racontaient. 
The Grey commence comme un "shoot them up" assez classique (film de survie où les protagonistes meurent les uns après les autres, où le jeu consiste à anticiper leur ordre de disparition, et à trouver l'identité des survivants), mais le film s'affranchit vite de ce schéma un peu éculé pour nous révéler sa véritable nature, plus sombre et plus métaphysique. Le spectateur comprend que, cette fois-ci, personne ne survivra. Le film explore alors les réactions de chacun de ces rescapés face à leur mort annoncée. Et même si l'environnement joue un rôle essentiel, à travers la présence des loups, le froid glacial et l'isolement, la thématique du rapport à la mort l'emporte sur celle du rapport à la nature. La variété des réactions des personnages face à leur inéluctable destin résonne en nous profondément, et nous interroge sur quelque chose d'essentiel et d'intime qui nous concerne tous: quelle attitude aurais-je face à l'annonce de ma propre mort ?
Si tous les personnages sont bien habités par des comédiens habitués à des seconds rôles, la prestation de Liam Neeson est pour beaucoup dans la réussite du film, un projet dans lequel il s'est jeté à corps (et à coeur) perdu pour exorciser la disparition accidentelle et subite de sa propre femme, décédée devant ses yeux des suites d'un banal accident de ski. L'intensité de son interprétation offre à son personnage, lui aussi veuf, des moments de grâce, de souffrance et de force bouleversants, jusqu'à la séquence finale, sublime.

Dernier conseil aux impatients: restez jusqu'à la fin du générique. Vous aurez alors la réponse à une question que vous vous poserez forcément à ce moment-là ... 


Un film profond et crédible qui va jusqu'au bout de son propos. Captivant.

The Grey / Le Territoire des Loups, un film de Joe Carnahan, sorti en 2012.
Disponible en DVD/VOD/BlueRay