Wales & Divers

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Anuar Patjane Floriuk / National Geographic Traveler Photo Contest

17 mai 2017

ROMAN & FILM: Jonathan Livingston le Goéland

Alors qu'il devrait se contenter de dormir et de manger comme les autres goélands de son Clan, Jonathan aime voler ...


Oui, le livre comme le film ont un peu vieilli, et sont vraiment très marqués années 1970.
Mais au-delà de ce énième constat sur le temps qui passe, Jonathan Livingstone le Goéland reste une magnifique fable, et le film une expérience cinématographique unique, au service d'un message universel accessible à tous.
Jonathan est un goéland (presque) comme les autres qui vit au milieu des siens sur une falaise au-dessus de l'océan. Comme les autres, mais à une différence près: Jonathan veut voler. Malheureusement pour lui, la tradition ancestrale de son peuple veut que les goélands se contentent d'utiliser leurs ailes pour se déplacer maladroitement sur des courtes distances, et accessoirement pour les plus habiles d'entre eux pour pêcher, et certainement pas pour s'amuser et pour voyager. Jonathan, lui, veut voler, aller plus loin, plus vite, et découvrir le monde, ce qui, comme vous l'imaginez, passe assez mal auprès de sa petite communauté conservatrice. Sa soif de liberté va l'amener à s'opposer à son peuple, à prendre des risques, et à partir en exil.
Après Jack London et son chien Buck, et avant Bernard Werber et ses fourmis, Jonathan Livingstone le Goéland adopte le point de vue d'un goéland. Le parti pris est fort, original, même si le parallèle avec l'homme reste omniprésent. Richard Bach, l'auteur du livre, et après lui Hall Bartlet, réalisateur de son adaptation cinématographique fidèle, nous invitent à un trip spirituel et sensoriel au plus prés des éléments, à être portés par le vent entre le ciel et la mer pour un magnifique voyage. L'occasion pour eux de nous parler de droit au rêve, de droit à la différence, de droit à la liberté. En dire davantage sur l'histoire serait criminel, mais il est probable que ce petit roman court (une centaine de pages), à ranger sur une étagère de bibliothèque entre le Petit Prince de Saint Exupery et l'Alchimiste de Paulo Cuehlo, vous habitera longtemps une fois le dernier chapitre achevé.  Quant au film, son caractère unique (et "new age") le condamne sans doute à rester seul sur son étagère, tant il n'est comparable à aucun autre.  

Un petit livre pour une grande aventure.


Jonathan Livingstone le Goéland de Richard Bach (
Première publication en 1970)


Jonathan Livingstone le Goéland, un film de Hall Bartlet (1973)



Sur ce site, pour les amateurs de récits à part:





13 mai 2017

FILM: La Tortue Rouge

Un homme s'échoue sur une île déserte et y rencontre une tortue rouge ...



Difficile d'écrire à propos de ce chef-d'oeuvre de l'animation sans prendre le risque d'en dévoiler le contenu, et de priver le futur spectateur du plaisir de découvrir les différents chapitres de cette histoire à la fois simple et universelle. Au programme, une heure et demie sans paroles, sur une île presque déserte, au plus près des sons de la nature. Une succession d'images d'une beauté absolue et d'une pureté rare. Une réflexion sensitive et spirituelle sur le cycle de la vie, le rapport à l'essentiel, la famille, l'humanité, la faune, la flore, et les caprices de Dame Nature. On en sort émus aux larmes, confiants en l'avenir et étrangement sereins, comme si ce voyage avait apaisé notre âme en profondeur.
Quel cadeau ! 

Un chef d'oeuvre de poésie et d'humanisme.

La Tortue Rouge, film d'animation de Michael Dudok De Wit (Sortie 29 juin 2016)





Sur ce site, pour les amoureux des films contemplatifs:

FILM: Printemps, été, automne, hiver et printemps
DOC: Two Years at Sea
FILM: La dernière piste



12 mai 2017

ROMAN: Tobie Lolness

Des petits êtres vivants de quelques millimètres de haut vivent dans un immense arbre et se battent contre des oppresseurs qui épuisent les ressources naturelles de l'arbre et menace la survie de tous ...


Tobie, 7 ans tout juste, mesure quelques millimètres et vit dans les cimes d'un immense chêne. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le père de Tobie n'était pas un inventeur révolutionnaire travaillant à la solde d'un dictateur qui utilise ses inventions pour puiser sans limite et sans états d'âme la précieuse sève de l'arbre qui nourrit les habitants de ce drôle de monde. Tobie va donc devoir prendre les choses en main, s'enfuir de chez lui, échapper à la police qui le recherche, tomber amoureux, sauver sa bien-aimée, sa famille, et accessoirement tous les habitants du grand chêne.
Tobie Lolness est un roman d'aventures foisonnant, un véritable page turner qui nous entraine dans une histoire originale et palpitante. Timothée de Fombelle, son auteur, fait preuve d'une créativité débridée qui n'a rien à envier à celle de J.K. Rowling et de son apprenti magicien à lunettes, ce qui en termes d'imaginaire n'est pas un maigre compliment. Mais ici, l'histoire est plus épique, et plus directe. Si Tobi Lolness s'adresse avant tout à un jeune public, leurs ainés se laisseront emporter comme ils l'ont été dans leur jeunesse par les chefs d'œuvres de Jules Verne.
Et au-delà de cette belle histoire, Tobi Lolness pose un regard original et engagé sur les relations entre les êtres vivants et leur environnement, sur la responsabilité d'une espèce dominante sur l'écosystème qui lui a permis d'exister et de survivre, et sur l'interaction entre les différents êtres vivants d'un même microcosme. Le message écologique, toujours discret, ne nuit jamais à la narration, mais il habite chacune des pages de cet épatant roman.


Epatant, foisonnant et engagé. 

La Vie suspendue, un roman de Timothée de Fombelle - Gallimard jeunesse (
Les Yeux d’Elisha, un roman de Timothée de Fombelle - Gallimard jeunesse (




Sur ce site, pour une jeune public:


5 mai 2017

TV SHOW: Seul face à la Nature

Bear Grylls, spécialiste de la survie en milieu naturel hostile, se met volontairement dans des situations périlleuses dans des environnements sauvages extrêmes et nous explique comment survivre.


Alors éteignons tout de suite un incendie qui pour moi n’a pas de raison d’être : oui, Seul face à la Nature (Man vs Wild dans son titre original) est un show télévisé très bien préparé, savamment mis en scène, parfois bidonné, et son animateur vedette Bear Grylls joue les rescapés solitaires alors qu’il est en permanence entouré d’une solide équipe de tournage.
Mais...
En terme à la fois d’aventure humaine et de culture de la survie en milieu naturel hostile, Bear Grylls est notre maître à tous. Chacune de ses émissions propose son lot de leçons de vie, de conseils éclairées et d’astuces ingénieuses pour ceux qui sont concernés par l’immersion en milieu naturel, et au delà par le rapport à la nature. Car malgré l’inévitable construction marketing du show, sa sincérité et son engagement dans ces aventures "into the wild" (ainsi que ceux des membres de son équipe technique) dans les lieux les plus retirés de la planète sont indéniables, et le résultat souvent plus que convainquant. Cet homme est passionné par ce qu’il fait, et il prend un réel plaisir à partager ses connaissances avec nous. Et c’est déjà un très beau cadeau.

Périlleux, extrême, documenté ... et potentiellement utile !

Man vs Wild, un tv show créé par Bear Grylls
8 saisons entre 2006 et 2015 - 72 épisodes - Discovery Channel
Disponible en DVD/BlueRay








4 mai 2017

FILM: La Ligne Rouge

Le parcours d'un groupe de marines américains dans la nature luxuriante de l'île de Guadalcanal, pour l'une des bataille les plus sanglantes de la Seconde Guerre Mondiale dans le Pacifique ...


Difficile de parler de La Ligne Rouge (The Red Thin Line),  sans parler de son réalisateur, Terrence Malick. Après 18 ans sans donner aucune nouvelle, ce film marquait le retour dans la lumière d'un des fils prodiges du cinéma indépendant et engagé américain des années 70, auteur de deux films marquants, Badlands (La balade Sauvage, 1973) et surtout Days of Heaven (Les Moissons du Ciel), Grand Prix de la Mise en Scène au festival de Cannes 1979.
Inspirée d'un roman de James Jones, La Ligne Rouge est avant tout un film de guerre qui suit un groupe de marines pendant la Seconde Guerre mondiale lors de la bataille de Guadalcanal. Mais le film va beaucoup plus loin que le classique récit de guerre. Car au-delà de la reconstitution historique et des scènes de combat, Terrence Malick s'intéresse aux états d'âme existentialistes de ses soldats, à leurs interrogations métaphysiques sur la vie, la mort, la guerre, la beauté, la foi, et le sens de l'existence. Son incroyable tour de force est de nous faire emporter à la fois d'un point de vue intellectuel, à travers une voix off profonde et hypnotisante, et d'un point de vue sensoriel, à travers une proposition artistique riche et poétique. Les images de la nature sont sublimes, la bande-son d'une incroyable richesse, la mise en scène audacieuse, le tout portée par une bande originale envoutante signée Hans Zimmer
La Ligne Rouge, multi récompensé aux Oscars (film, réalisateur, scénario, photo, son, musique...), nous invite à un voyage parfois violent, mais le plus souvent poétique et contemplatif, qui amène chacun à réfléchir sur son propre rapport à la vie et à la mort, à la nature, à la beauté, à l'humain et au divin. À travers cet épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale, Terrence Malick nous délivre un message universel pacifique et humaniste sur la guerre, dans ce qui reste peut-être un des derniers vrais grands chefs d'œuvres de l'histoire du cinéma.

Un des chefs d'œuvre du film de guerre, et une véritable réflexion métaphysique sur le rapport à la Nature.

The Red Thin Line, un film de Terrence Malick, sortie en 1999.
Disponible en DVD/VOD/BlueRay





27 avril 2017

FILM: Printemps, été, automne, hiver ... et printemps

Les relations entre vieux maître zen et jeune disciple, qui vivent dans une cabane en bois flottant au milieu d'un lac isolé dans la forêt ...


Printemps, été, automne ... est vrai film contemplatif, un conte philosophique bouddhiste qui se déroule dans une cabane en bois posée au centre d'un lac perdu au milieu de collines arborées. Un conte, ou plus exactement cinq contes, puisque comme le titre l'indique, le récit est divisé en cinq chapitres qui abordent chacun leur propre thématique. 
Le premier chapitre, Printemps, est consacré à une jolie leçon de vie. Pour s'amuser, le jeune disciple attache une pierre à un poisson, à une grenouille et à un serpent. Pour lui faire comprendre la signification de son geste, le maître lui attache à son tour une pierre à la taille et exige qu'il aille libérer ses victimes avant de se libérer de son propre fardeau... Les cinq contes philosophiques qui composent le récit offrent un enseignement spirituel et philosophique très asiatique, qui nous imprègne autant qu'il imprègne le jeune disciple.  Kim Ki-Duc, le réalisateur sud-coréen, reste durant tout le film dans une ligne épurée et esthétisante qui nous fait entrer dans une transe hypnotique lente et contemplative, pour un long voyage (presque) immobile. La photographie est magnifique, les plans s'installent dans la longueur, les dialogues sont minimalistes, et la nature reste omniprésente à chaque instant. On ressort du film avec la sensation d'avoir pleinement vécu chacune de ces saisons, et avec l'envie d'aller à notre tour profiter de l'apprentissage du maître et de la sérénité de ces lieux propices à la méditation et la quête de spiritualité.  Si certains d'entre vous décident de céder à la tentation, le lac (et sa cabane) se trouve en Corée du Sud, dans la réserve de Jusan, dans la province du Gyeongsansbuk-do. Allez-y, mais gardez l'information pour vous. Il serait regrettable que ce lieu empreint de paix et d'authenticité soit pollué par trop de présence humaine.              

Un magnifique film contemplatif sur la transmission. 

Printemps, été, automne, hiver ... et printemps, un film sud-coréen de Kim Ki-Duc sorti en 2003.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD





Sur ce site, pour les amoureux des films contemplatifs:

FILM: La Tortue Rouge
DOC: Two years at Sea
FILM: La Dernière Piste




17 avril 2017

DOC: Two Years at Sea

Un homme, une cabane, la nature.











Dès son premier visionnage, Two Years at Sea est devenu pour moi un documentaire de référence, une œuvre majeure traitant du rapport à la nature, et à la solitude.
Le scénario tient en quelques lignes : Jake Williams, un vieil homme aux longs cheveux blancs et à la barbe hirsute vit en ermite dans une cabane isolée au cœur d'une forêt écossaise, loin de la civilisation.
Et c’est tout.
La référence à Thoreau est évidente. Pourtant, la démarche est très différente: Jake Williams n’écrit pas. Il n’est pas là pour philosopher ou pour témoigner, mais juste pour vivre l’instant présent. Et Ben Rivers, réalisateur de ce film singulier, se contente de nous faire partager son quotidien, à travers un voyage hypnotique et poétique d’une rare intensité.
Depuis ses débuts, Ben Rivers filme l’isolement et la solitude à travers des portraits de personnages toujours plus extrêmes. Pendant plus de deux ans, il a partagé la vie de Jake Williams, pour s’immerger dans son quotidien, se faire oublier, et le filmer au plus près, sans jamais intervenir, ni céder à la moindre tentation de dramatisation de sa vie. Durant 90 minutes, de (longs) plans hypnotiques s'enchainent lentement, en prenant leur temps, le plus souvent en caméra fixe, et en bruitage naturel. Le choix d’une image en noir et blanc granuleuse et contrastée à la Tarkovski, tournée en pellicule 16 mm à l’ancienne, renforce l’âpreté du film, tout en créant un contraste étrange avec la douceur de vivre et la sérénité de Jake Williams. Au-delà du propos, ces partis pris de mise en scène créent une œuvre visuelle forte, un documentaire véritablement cinématographique, denrée rare de nos jours.
Two Years at Sea nous invite donc à accompagner l'ermite dans sa vie de tous les jours dans sa cabane, autour de sa cabane, dans ses errances dans la forêt pour de longs moments de contemplation de la nature qui atteignent leur paroxysme lors d'un plan séquence de plus de sept minutes, véritable climax de cette non-histoire. Le film prend alors sa véritable dimension philosophique et spirituelle en devenant une sorte de miroir qui nous plonge dans un voyage intérieur, en laissant chacun d'entre nous libre d'emprunter son propre chemin, et de se raconter sa propre histoire. Certains resteront extérieurs à cette transe lente et hypnotique, qui ne raconte pas grand-chose tout en traitant de l'essentiel. Les amateurs de ce genre de cinéma et les puristes à la recherche de vérités intérieures qui parviendront à lâcher prise et à oublier la réalité accompagneront Jake Williams dans sa drôle de vie, dans ce film d'errance et de contemplation parmi les plus jusqu'au-boutistes que j'ai vu.
Pour ceux qui se poseront la question, le titre, Two Years at Sea, fait référence aux deux années que notre antihéros a passé en mer pour s'offrir cette vie d’ermite qui le faisait fantasmer depuis son plus jeune âge.

Une invitation à fascinant voyage intérieur. Unique et poétique.



Two Years at Sea, un documentaire de 90" de Ben Rivers, sorti en salle en 2011.

Disponible en DVD/BlueRay/VOD, mais aussi en accès libre sur internet.


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12 avril 2017

FILM & ROMAN: Danse avec les loups

John Dunbar, officier nordiste de l'armée américaine, demande à être affecté à la frontière, où il va sympathiser avec un vieux loup avant de tomber amoureux d'une Comanche et d'être adopté pas sa tribu ...


La célèbre scène où des indiens regardent d'un air incrédule Kevin Costner danser avec un vieux loup fait partie maintenant de l'histoire du cinéma, mais au-delà de cette séquence d'anthologie, l'histoire de Danse avec les loups est vraiment magnifique.
John Dunbar, héros de la guerre de Sécession, demande a être affecté à la frontière entre l'Amérique dite "civilisée" et les territoires indiens dits "sauvages". Lorsqu'il arrive sur place, son fort a été déserté, mais par conscience professionnelle autant que par curiosité pour ces immensités sauvages qu'il découvre, John Dunbar décide de rester sur place pour accomplir sa mission. Il va tomber amoureux des lieux, de sa nouvelle vie d'ermite, d'un vieux loup, d'une Indienne blanche et de sa tribu comanche, qui finira par l'adopter. Non pas une histoire d'amour, mais plusieurs.
Le film est un chef d'œuvre de beauté visuelle. Kevin Costner, acteur principal mais aussi réalisateur, utilise à merveille les panoramas pour nous plonger avec son personnage principal dans la splendeur et la tranquillité des plaines de l'Ouest américain. Il nous invite à accompagner son héros dans sa découverte de la vie sauvage et de la solitude, avant de nous faire entrer avec lui dans une tribu de Comanches, pour un voyage culturel et ethnographique au pays des Indiens.
Avec Danse avec les loups, Kevin Costner renouait avec la tradition des grands films hollywoodiens, une espèce malheureusement en voie d'extinction.  Son regard, comme celui de son héros, est bienveillant et pacifiste, l'histoire captivante du début à la fin. Le film a connu un vif succès dans le monde, et a reçu 7 oscars (film, réalisateur, comédien, photographie, montage, adaptation, et mixage). Pour l'anecdote, John Barry, compositeur de la bande originale du film, fut nominé, mais ne reçut pas la statuette pour sa sublime musique ...
Le roman de Michael Blake dont est inspiré le film est, comme souvent, encore plus abouti que le film. D'abord, il nous permet d'aller plus loin dans le personnage de John Dunbar. En ayant accès à ses pensées et à ses états d'âme, son regard sur sa nouvelle vie loin de la civilisation devient plus profond, donc plus touchant. L'évolution du personnage est magnifique, son coup de foudre pour les grands espaces et ses habitants bouleversant. Mais surtout, le roman s'intéresse plus que le film aux autres personnages, en basculant régulièrement dans l'écriture d'un point de vue à l'autre, ce qui nous offre un accès plus profond au regard des Indiens sur l'homme blanc en général, et sur cet étrange lieutenant en particulier. Vent Dans Les Cheveux, Celle Qui Se Dresse Avec Un Poing Fermé, Dix Ours, Oiseau Frappeur ne sont plus des personnages secondaires mais des personnages à part entière de l'histoire, ce qui nous permet d'aller plus loin dans la découverte du monde des Comanches, de leur culture et de leur philosophie de vie. Le fil de l'histoire est à la fois plus direct et plus profond que le scénario du film, le rythme ne baisse jamais, et le sentiment d'immersion est total.
Suite au succès du film, Michael Blake a publié une suite, la Route Sacrée, que je n'ai pas (encore) lue, sans doute parce qu'elle n'a pas bonne presse. Un film est (censé être) en développement depuis maintenant de nombreuses années.
À noter également l'existence de 500 Nations, un magnifique documentaire en 8 parties sur les Indiens, produit et présenté par Kevin Costner en personne, un voyage passionnant à travers 500 ans d'histoires des peuples natifs d'Amérique du Nord.

Un des plus belles histoires sur l'ouest américain et les indiens. Sublime et pacifiste.


Danse avec les Loups, un film de Kevin Costner sorti en 1990.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD






Danse avec les Loups, un roman de Michael Blake sorti en 1988.
Disponible en livre de poche.



500 Nations, un documentaire de Jack Leustig, sorti en 1994
Disponible en DVD/BlueRay/VOD







5 avril 2017

FILM: En Solitaire

Un marin se voit offrir une ultime chance de participer au Vendée Globe, course autour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance. Alors qu'il fait une halte forcée dans une crique pour réparer son safran, un évènement inattendu va bouleverser le déroulement de sa course ...



Attention, spoiler !
Un film sur la mer, sur la voile, mieux sur le Vendée Globe ! Autant reconnaître que pour l'auteur de Comme un Albatros que je suis (mon second roman qui part du même postulat de départ), l'attente était vraiment grande, sans doute beaucoup trop.
Je me souviens qu'en entrant dans la salle, j'espérais voir un grand film sur la solitude, sur cet univers particulier où des marins partent pour des mois en mer pour un long parcours de 40 000 miles sur tous les océans du monde, seuls sur leur petit monocoque, pour ce qui reste sans doute une des dernières véritables aventures humaines, à une époque où les alpinistes font la queue les jours de beau temps pour gravir l'Everest.
Mais il n'en fut rien. Après à peine dix minutes de films, notre marin solitaire ne l'était déjà plus.
J'espérais alors que le film développerait cette rencontre entre ces deux personnages si différents, que leur relation au cours de ce tour du monde allait se développer, s'intensifier, devenir profonde, surprenante, captivante ...
Encore raté. Ils ne se parlent pas et passent totalement l'un à côté de l'autre.
J'espérais en désespoir de cause pouvoir me raccrocher à une belle aventure humaine au plus près de la nature, en immersion totale au milieu des éléments naturels, le ciel, le vent, l'eau, la faune aquatique ...
Rien de tout ça. La moitié du film se déroule à terre, en France, pour nous raconter les difficultés de la femme du marin avec leur fille, ses difficultés scolaires, ses états d'âme de préadolescente, et ses problèmes de dentiste.
À ce moment-là, vous l'avez compris, le film était proche du naufrage, mais comme tout bon capitaine qui se respecte, je ne voulais pas abandonner le navire en pleine tempête, donc je suis resté jusqu'au bout.
Et j'ai vu un François Cluzet formidable en marin solitaire qui se voit offrir une ultime chance avant la retraite de gagner enfin cette course prestigieuse. J'ai vu des images en mer plutôt réussies, des océans qui m'on fait voyager, et des ciels qui m'ont fait rêver. Et j'ai apprécié (en connaisseur) la volonté du réalisateur-scénariste de faire découvrir le Vendée Globe au grand public à travers une fiction, ce que personne avant lui n'avait essayé de faire. Et je suis sorti de la salle heureux à l'idée qu'il y ait encore aujourd'hui des producteurs français pour faire exister ce genre de film.
Quelques points positifs donc, mais qui ne suffisent pas à faire d'En Solitaire le grand film sur la voile et la mer qu'il aurait pu être.

Une réelle déception. 


En solitaire, un film de Christophe Offenstein, sorti le 6 novembre 2013.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD















4 avril 2017

ROMAN: Julius Winsome

Un homme vit seul avec son chien dans une cabane isolée pleine de livres. Le jour où il retrouve son chien abattu, il part à la recherche de son meurtrier ...


Julius Winsome, la cinquantaine, vit seul avec son chien Hobbes dans une cabane isolée dans les montagnes du Maine, entouré des 3283 livres que son père décédé lui a transmis, et qu'il lit consciencieusement les uns après les autres, par ordre alphabétique. Sa vie s'écoule de manière paisible, loin de la société moderne et de ses excès, mais le jour où il découvre son chien abattu d'un coup de carabine de chasse devant sa cabane, tout bascule...
Un justicier dans la ville, version campagne en hiver. Julius Winsome raconte de manière convaincante la radicalisation d'un homme paisible qui pour venger son chien va lentement se transformer en tueur (presque) psychopathe, comme Charles Bronson dans ce grand classique du cinéma réactionnaire américain des années 70. Le style est direct, imagé, toujours au plus près de son protagoniste principal unique, au service d'un récit qui parvient à être à la fois poétique et dramatique, tant cette lente descente vers l'extrémisme de ce personnage éminemment bienveillant qui ne demandait rien à personne semble inexorable. Les longs passages de traque dans les plaines enneigés du Maine sont souvent jouissifs, et l'évolution du personnage émouvante jusqu'aux dernières pages. Comme dans toute tragédie digne de ce nom, la fin ne nous épargne pas, et la morale de l'histoire est sombre: même lorsque l'on choisit de vivre en ermite, on n'est pas à l'abri de la folie des hommes, cette folie qui sommeille en chacun d'entre nous, prête à se réveiller et à prendre le dessus. L'histoire tragique de Julius Winsome le confirme une fois de plus: l'Homme est bien un loup pour l'Homme.

Une longue errance solitaire dans la nature au cœur de l'hiver.

Julius Winsome, un roman de Gerard Donovan (Editions du Seuil, 2010)







1 avril 2017

ROMAN: Indian Creek

Un jeune étudiant s'installe pour l'hiver dans une vallée isolée de l'Idaho pour veiller sur un élevage d'oeufs de saumon ...



Automne 1978.
Un étudiant se prépare à entrer en troisième année d'université lorsqu'il découvre au hasard d'une petite annonce que le Fish & Game Department de l'Idaho cherche quelqu'un pour s'occuper de 2,5 millions d'œufs de saumon pendant la période hivernale. Alors qu'il n'a que 19 ans et aucune expérience de ce genre d'aventure, il accepte la mission sur un coup de tête et se retrouve donc sous une tente à peine améliorée, pour un long hiver en solitaire au cœur d'une nature sauvage.
Cet étudiant, c'est Pete Fromm, l'auteur, et Indian Creek est le récit autobiographique de ces huit mois passés dans les montagnes rocheuses en hiver. Et contrairement aux héros (fictifs) de David Vann et à celui (réel) d'Into The Wild, tout va plutôt bien se passer pour lui. Son secret ? Une réelle capacité d'adaptation, une curiosité sans limites, un état d'esprit volontaire et enthousiaste, et un zeste souvent salvateur d'autodérision. À travers ce livre, il nous raconte sa découverte du monde sauvage, son apprentissage du froid, de l'hiver et de la solitude, d'une plume vive et enlevée. Le récit est varié, volontairement positif malgré quelques passages plus sombres, souvent drôle et parfois même jubilatoire. Contrairement à d'autres héros de nature writing, Pete Fromm n'est pas là pour fuir la société, mais pour vivre une aventure hors du commun au plus près de la nature, comme celles vécues par les héros de ses livres de chevet. Il n'est donc pas là pour philosopher sur les méfaits de notre monde moderne, ni sur le sens de la vie. Il est simplement là pour nous faire partager son quotidien. Et comme il ne s'ennuie jamais et que tout l'amuse, Indian Creek n'est jamais ennuyant, et souvent amusant.

Un voyage en solitaire épatant et joyeux au cœur de l'hiver.

Indian Creek, un roman de Pete Fromm (Editions Gallmeister, 2006)






MANGA: Le sommet des Dieux

Quelque part sur les pentes d'un haut sommet himalayen, un alpiniste retrouve un appareil photo qui pourrait bien contenir les preuves de l'identité des véritables premiers hommes a avoir atteint le sommet de l'Everest ...



Le sommet des Dieux, ou la rencontre réussie entre l'art du Manga et Frison Roche ...
Contrairement aux apparences, le sommet des Dieux n'est pas inspiré de faits réels, mais bien une fiction, l'adaptation plutôt fidèle (d'après les spécialistes, je ne l'ai pas lu) du roman éponyme de Yumemakura Baku, qui jouit d'une grande renommée au Japon.
À travers l'histoire de son personnage principal Hase Tsunéo (inspiré de Tsunéo Hasegawa, une des légendes de l'alpinisme nippon) le sommet des Dieux est une saga autour d'un appareil photo censé renfermer des clichés prouvant la véritable identité des premiers alpinistes à avoir conquis l'Everest, mais aussi (et surtout) un conte philosophique sur le dépassement de soi, l'obsession, la quête du sens de la vie, le courage et la folie. Le récit alterne habilement des passages narratifs en ville et des scènes en haute montagne, souvent sans dialogues, dans une immersion totale avec la nature et les éléments. Dans ce contexte violent où la montagne se révèle à la fois magnifique et sans pitié, les hommes, confrontés à eux-mêmes, à leurs forces et à leurs faiblesses, se révèlent au fil des pages. Le contexte est grandiose, la dramaturgie intense, et les personnages profonds et charismatiques. Cette longue immersion (5 tomes) dans un milieu peu exploré par la bande dessinée est un cadeau pour les amoureux de la montagne, mais aussi pour les non initiés, qui se laisseront facilement emporter par une histoire fluide et riche en rebondissements, portée par des dessins d'un incroyable réalisme. 
À noter qu'une adaptation cinématographique du roman est sortie en 2016 au Japon, réalisée par Hideyuki Hirayama, et qu'un film (français !) d'animation en 3D est en préparation. 

Pour les amoureux de la montagne et les autres, un des grands chefs d'oeuvre du manga. Grandiose.

Le sommet des Dieux, un manga en 5 tomes de Jirô Taniguchi.
Publié au japon entre 2000 et 2003, puis en France au éditions Kana entre 2004 et 2005.






20 mars 2017

FILM: Une histoire vraie

Alvin, 73 ans, décide de prendre la route sur une vieille tondeuse à gazon pour rendre visite à son frère avec qui il est fâché depuis plus de dix ans ...




Sans doute le moins Lynchien des films de David Lynch, et pourtant l'un de mes préférés, Une Histoire Vraie est à la fois une œuvre profondément humaniste et un véritable voyage au cœur de l'Amérique profonde. Le titre original, the Straight Story, maladroitement traduit en français, vient du nom du véritable personnage dont la (fin) de vie a inspiré le film, Alvin Straight. Car le film une Histoire Vraie est inspiré ... d'une histoire vraie. Le comédien qui interprète Alvin, Richard Farnsworth, 80 ans lors du tournage, fut nommé pour ce rôle à l'Oscar du meilleur acteur et reste encore aujourd'hui le comédien le plus âgé a avoir eu cet honneur dans cette catégorie.
L'histoire est simple.
Suite à une violente dispute, Alvin, 73 ans, n'a pas vu son frère depuis plus de dix ans. Lorsqu'il apprend qu'il est malade, il décide de forcer le destin et d'aller lui rendre visite. Comme il ne sent pas prêt pour ces retrouvailles, Alvin décide de prendre son temps et de faire les quelques centaines de miles qui le séparent de son frère à son rythme, sur une tondeuse à gazon, dans l'espoir que ce (long) voyage l'aidera à mieux vivre cette réconciliation. Ce long trajet tout en lenteur au cœur des immenses plaines agricoles du centre de l'Amérique, loin des paysages spectaculaires de l'Ouest, sera pour lui l'occasion de revisiter sa vie à travers de nombreuses rencontres, mais aussi, au fil des soirées passées à la belle étoile au plus près de la nature, de se découvrir une seconde jeunesse. 
L'immense qualité du film - et ce qui fait sa rareté -  vient de son rythme, qui respecte celui de son héros. David Lynch prend son temps et nous en offre pour savourer le voyage d'Alvin, ses longues lignes droites au milieu des champs comme ses rencontres, sans jamais tenter d'en accélérer artificiellement la cadence. Pour certains, cette lenteur deviendra une épreuve insurmontable, mais pour ceux dont je fais partie qui pensent que nous avons souvent tendance à nous agiter frénétiquement pour pas grand-chose, elle agira comme comme une bouffée d'air bienfaitrice, jouissive et salvatrice. 
Angelo Badalamenti, compositeur attitré de longue date de David Lynch, nous livre ici une de ses partitions les plus abouties, une musique originale habitée qui accompagne le film jusqu'à la séquence finale de retrouvailles entre ces deux frères au crépuscule de leur vie, une scène sobre et bouleversante qui vous hantera longtemps après la fin du générique. 

Une balade tout en lenteur sur les routes de l'Amérique des grandes prairies. Humaniste et dépaysant.

The Straight Story / Une Histoire Vraie, un film de David Lynch, sorti en 1999.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD





16 mars 2017

SERIE: Klondike

Etats-Unis, fin XIXe. Deux jeunes diplômés de l'université de Boston décident de tenter leur chance et de se rendre dans le Yukon pour y participer à la ruée vers l'or ...



Pour les amoureux des romans de Jack London (présent en tant que personnage à l'image), de l'histoire américaine et des grands espaces, la série Klondike est un véritable cadeau.
La grande qualité de ce voyage au pays des chercheurs d'or ne réside pas dans son scénario qui, s'il se laisse suivre sans accrocs, aurait mérité davantage d'enjeux, de profondeur et de rebondissements, mais dans l'incroyable reconstitution historique d'une des périodes à la fois les plus populaires et les plus méconnues de l'histoire de l'Amérique. 
La série s'ouvre par une séquence très spectaculaire de traversée de la White Pass, passage obligatoire pour les chercheurs d'or fraichement débarqués de leur bateau pour atteindre le Yukon, la rivière Klondike, Dawson City, et ses champs aurifères. Une fois de l'autre côté du col, un monde sauvage, violent et rarement source d'enrichissement les attendait. Et c'est la que la série prend tout sa signification, en nous montrant à quel point trouver de l'or dans de telles conditions était difficile, voire impossible. 
Une fois sur place, les chercheurs d'or devaient obtenir une concession, trouver du matériel pour l'exploiter,  y travailler jour et nuit pendant les beaux jours avant que l'hiver ne rende le sol trop dur pour être creusé. Ils devaient survivre à la famine, à la maladie, à l'hiver rigoureux et ses températures inhumaines, le tout dans des conditions de vie misérables, au coeur d'une faune humaine violente, isolée du monde civilisé et de ses lois. Et lorsque certains trouvaient de l'or, ce qui arrivait rarement et presque toujours en petites quantités, ils devaient échapper aux sirènes des sociétés privées qui s'enrichissaient sur les souffrances et les malheurs des chercheurs d'or en rachetant leur maigre butin pour une misère. Pour ceux qui parvenaient malgré ces obstacles à quitter la région avec quelques dizaines de grammes dans les poches, le plus dur restait à venir: ils devaient survivre au long voyage de retour vers le monde civilisé, sur des pistes truffées de pilleurs, de voleurs et de charognards. 
Au terme des quelques heures passées en immersion dans le Yukon sauvage de la fin du XIXe à regarder cette série, une évidence s'impose:  chercheur d'or n'était pas un métier de tout repos. 

Un travail de reconstitution historique impressionnant pour une histoire qui nous immerge dans la réalité de la ruée vers l'or.  

Klondike, une série 3*90' réalisée par Simon Cellan Jones, produit par Ridley Scott, sortie en 2014.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD