Wales & Divers

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Anuar Patjane Floriuk / National Geographic Traveler Photo Contest

17 avril 2017

DOC: Two Years at Sea

Un homme, une cabane, la nature.











Dès son premier visionnage, Two Years at Sea est devenu pour moi un documentaire de référence, une œuvre majeure traitant du rapport à la nature, et à la solitude.
Le scénario tient en quelques lignes : Jake Williams, un vieil homme aux longs cheveux blancs et à la barbe hirsute vit en ermite dans une cabane isolée au cœur d'une forêt écossaise, loin de la civilisation.
Et c’est tout.
La référence à Thoreau est évidente. Pourtant, la démarche est très différente: Jake Williams n’écrit pas. Il n’est pas là pour philosopher ou pour témoigner, mais juste pour vivre l’instant présent. Et Ben Rivers, réalisateur de ce film singulier, se contente de nous faire partager son quotidien, à travers un voyage hypnotique et poétique d’une rare intensité.
Depuis ses débuts, Ben Rivers filme l’isolement et la solitude à travers des portraits de personnages toujours plus extrêmes. Pendant plus de deux ans, il a partagé la vie de Jake Williams, pour s’immerger dans son quotidien, se faire oublier, et le filmer au plus près, sans jamais intervenir, ni céder à la moindre tentation de dramatisation de sa vie. Durant 90 minutes, de (longs) plans hypnotiques s'enchainent lentement, en prenant leur temps, le plus souvent en caméra fixe, et en bruitage naturel. Le choix d’une image en noir et blanc granuleuse et contrastée à la Tarkovski, tournée en pellicule 16 mm à l’ancienne, renforce l’âpreté du film, tout en créant un contraste étrange avec la douceur de vivre et la sérénité de Jake Williams. Au-delà du propos, ces partis pris de mise en scène créent une œuvre visuelle forte, un documentaire véritablement cinématographique, denrée rare de nos jours.
Two Years at Sea nous invite donc à accompagner l'ermite dans sa vie de tous les jours dans sa cabane, autour de sa cabane, dans ses errances dans la forêt pour de longs moments de contemplation de la nature qui atteignent leur paroxysme lors d'un plan séquence de plus de sept minutes, véritable climax de cette non-histoire. Le film prend alors sa véritable dimension philosophique et spirituelle en devenant une sorte de miroir qui nous plonge dans un voyage intérieur, en laissant chacun d'entre nous libre d'emprunter son propre chemin, et de se raconter sa propre histoire. Certains resteront extérieurs à cette transe lente et hypnotique, qui ne raconte pas grand-chose tout en traitant de l'essentiel. Les amateurs de ce genre de cinéma et les puristes à la recherche de vérités intérieures qui parviendront à lâcher prise et à oublier la réalité accompagneront Jake Williams dans sa drôle de vie, dans ce film d'errance et de contemplation parmi les plus jusqu'au-boutistes que j'ai vu.
Pour ceux qui se poseront la question, le titre, Two Years at Sea, fait référence aux deux années que notre antihéros a passé en mer pour s'offrir cette vie d’ermite qui le faisait fantasmer depuis son plus jeune âge.

Une invitation à fascinant voyage intérieur. Unique et poétique.



Two Years at Sea, un documentaire de 90" de Ben Rivers, sorti en salle en 2011.

Disponible en DVD/BlueRay/VOD, mais aussi en accès libre sur internet.




12 avril 2017

FILM & ROMAN: Danse avec les loups

John Dunbar, officier nordiste de l'armée américaine, demande à être affecté à la frontière, où il va sympathiser avec un vieux loup avant de tomber amoureux d'une Comanche et d'être adopté pas sa tribu ...


La célèbre scène où des indiens regardent d'un air incrédule Kevin Costner danser avec un vieux loup fait partie maintenant de l'histoire du cinéma, mais au-delà de cette séquence d'anthologie, l'histoire de Danse avec les loups est vraiment magnifique.
John Dunbar, héros de la guerre de Sécession, demande a être affecté à la frontière entre l'Amérique dite "civilisée" et les territoires indiens dits "sauvages". Lorsqu'il arrive sur place, son fort a été déserté, mais par conscience professionnelle autant que par curiosité pour ces immensités sauvages qu'il découvre, John Dunbar décide de rester sur place pour accomplir sa mission. Il va tomber amoureux des lieux, de sa nouvelle vie d'ermite, d'un vieux loup, d'une Indienne blanche et de sa tribu comanche, qui finira par l'adopter. Non pas une histoire d'amour, mais plusieurs.
Le film est un chef d'œuvre de beauté visuelle. Kevin Costner, acteur principal mais aussi réalisateur, utilise à merveille les panoramas pour nous plonger avec son personnage principal dans la splendeur et la tranquillité des plaines de l'Ouest américain. Il nous invite à accompagner son héros dans sa découverte de la vie sauvage et de la solitude, avant de nous faire entrer avec lui dans une tribu de Comanches, pour un voyage culturel et ethnographique au pays des Indiens.
Avec Danse avec les loups, Kevin Costner renouait avec la tradition des grands films hollywoodiens, une espèce malheureusement en voie d'extinction.  Son regard, comme celui de son héros, est bienveillant et pacifiste, l'histoire captivante du début à la fin. Le film a connu un vif succès dans le monde, et a reçu 7 oscars (film, réalisateur, comédien, photographie, montage, adaptation, et mixage). Pour l'anecdote, John Barry, compositeur de la bande originale du film, fut nominé, mais ne reçut pas la statuette pour sa sublime musique ...
Le roman de Michael Blake dont est inspiré le film est, comme souvent, encore plus abouti que le film. D'abord, il nous permet d'aller plus loin dans le personnage de John Dunbar. En ayant accès à ses pensées et à ses états d'âme, son regard sur sa nouvelle vie loin de la civilisation devient plus profond, donc plus touchant. L'évolution du personnage est magnifique, son coup de foudre pour les grands espaces et ses habitants bouleversant. Mais surtout, le roman s'intéresse plus que le film aux autres personnages, en basculant régulièrement dans l'écriture d'un point de vue à l'autre, ce qui nous offre un accès plus profond au regard des Indiens sur l'homme blanc en général, et sur cet étrange lieutenant en particulier. Vent Dans Les Cheveux, Celle Qui Se Dresse Avec Un Poing Fermé, Dix Ours, Oiseau Frappeur ne sont plus des personnages secondaires mais des personnages à part entière de l'histoire, ce qui nous permet d'aller plus loin dans la découverte du monde des Comanches, de leur culture et de leur philosophie de vie. Le fil de l'histoire est à la fois plus direct et plus profond que le scénario du film, le rythme ne baisse jamais, et le sentiment d'immersion est total.
Suite au succès du film, Michael Blake a publié une suite, la Route Sacrée, que je n'ai pas (encore) lue, sans doute parce qu'elle n'a pas bonne presse. Un film est (censé être) en développement depuis maintenant de nombreuses années.
À noter également l'existence de 500 Nations, un magnifique documentaire en 8 parties sur les Indiens, produit et présenté par Kevin Costner en personne, un voyage passionnant à travers 500 ans d'histoires des peuples natifs d'Amérique du Nord.

Un des plus belles histoires sur l'ouest américain et les indiens. Sublime et pacifiste.


Danse avec les Loups, un film de Kevin Costner sorti en 1990.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD






Danse avec les Loups, un roman de Michael Blake sorti en 1988.
Disponible en livre de poche.



500 Nations, un documentaire de Jack Leustig, sorti en 1994
Disponible en DVD/BlueRay/VOD







5 avril 2017

FILM: En Solitaire

Un marin se voit offrir une ultime chance de participer au Vendée Globe, course autour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance. Alors qu'il fait une halte forcée dans une crique pour réparer son safran, un évènement inattendu va bouleverser le déroulement de sa course ...



Attention, spoiler !
Un film sur la mer, sur la voile, mieux sur le Vendée Globe ! Autant reconnaître que pour l'auteur de Comme un Albatros que je suis (mon second roman qui part du même postulat de départ), l'attente était vraiment grande, sans doute beaucoup trop.
Je me souviens qu'en entrant dans la salle, j'espérais voir un grand film sur la solitude, sur cet univers particulier où des marins partent pour des mois en mer pour un long parcours de 40 000 miles sur tous les océans du monde, seuls sur leur petit monocoque, pour ce qui reste sans doute une des dernières véritables aventures humaines, à une époque où les alpinistes font la queue les jours de beau temps pour gravir l'Everest.
Mais il n'en fut rien. Après à peine dix minutes de films, notre marin solitaire ne l'était déjà plus.
J'espérais alors que le film développerait cette rencontre entre ces deux personnages si différents, que leur relation au cours de ce tour du monde allait se développer, s'intensifier, devenir profonde, surprenante, captivante ...
Encore raté. Ils ne se parlent pas et passent totalement l'un à côté de l'autre.
J'espérais en désespoir de cause pouvoir me raccrocher à une belle aventure humaine au plus près de la nature, en immersion totale au milieu des éléments naturels, le ciel, le vent, l'eau, la faune aquatique ...
Rien de tout ça. La moitié du film se déroule à terre, en France, pour nous raconter les difficultés de la femme du marin avec leur fille, ses difficultés scolaires, ses états d'âme de préadolescente, et ses problèmes de dentiste.
À ce moment-là, vous l'avez compris, le film était proche du naufrage, mais comme tout bon capitaine qui se respecte, je ne voulais pas abandonner le navire en pleine tempête, donc je suis resté jusqu'au bout.
Et j'ai vu un François Cluzet formidable en marin solitaire qui se voit offrir une ultime chance avant la retraite de gagner enfin cette course prestigieuse. J'ai vu des images en mer plutôt réussies, des océans qui m'on fait voyager, et des ciels qui m'ont fait rêver. Et j'ai apprécié (en connaisseur) la volonté du réalisateur-scénariste de faire découvrir le Vendée Globe au grand public à travers une fiction, ce que personne avant lui n'avait essayé de faire. Et je suis sorti de la salle heureux à l'idée qu'il y ait encore aujourd'hui des producteurs français pour faire exister ce genre de film.
Quelques points positifs donc, mais qui ne suffisent pas à faire d'En Solitaire le grand film sur la voile et la mer qu'il aurait pu être.

Une réelle déception. 


En solitaire, un film de Christophe Offenstein, sorti le 6 novembre 2013.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD















4 avril 2017

ROMAN: Julius Winsome

Un homme vit seul avec son chien dans une cabane isolée pleine de livres. Le jour où il retrouve son chien abattu, il part à la recherche de son meurtrier ...


Julius Winsome, la cinquantaine, vit seul avec son chien Hobbes dans une cabane isolée dans les montagnes du Maine, entouré des 3283 livres que son père décédé lui a transmis, et qu'il lit consciencieusement les uns après les autres, par ordre alphabétique. Sa vie s'écoule de manière paisible, loin de la société moderne et de ses excès, mais le jour où il découvre son chien abattu d'un coup de carabine de chasse devant sa cabane, tout bascule...
Un justicier dans la ville, version campagne en hiver. Julius Winsome raconte de manière convaincante la radicalisation d'un homme paisible qui pour venger son chien va lentement se transformer en tueur (presque) psychopathe, comme Charles Bronson dans ce grand classique du cinéma réactionnaire américain des années 70. Le style est direct, imagé, toujours au plus près de son protagoniste principal unique, au service d'un récit qui parvient à être à la fois poétique et dramatique, tant cette lente descente vers l'extrémisme de ce personnage éminemment bienveillant qui ne demandait rien à personne semble inexorable. Les longs passages de traque dans les plaines enneigés du Maine sont souvent jouissifs, et l'évolution du personnage émouvante jusqu'aux dernières pages. Comme dans toute tragédie digne de ce nom, la fin ne nous épargne pas, et la morale de l'histoire est sombre: même lorsque l'on choisit de vivre en ermite, on n'est pas à l'abri de la folie des hommes, cette folie qui sommeille en chacun d'entre nous, prête à se réveiller et à prendre le dessus. L'histoire tragique de Julius Winsome le confirme une fois de plus: l'Homme est bien un loup pour l'Homme.

Une longue errance solitaire dans la nature au cœur de l'hiver.

Julius Winsome, un roman de Gerard Donovan (Editions du Seuil, 2010)







1 avril 2017

ROMAN: Indian Creek

Un jeune étudiant s'installe pour l'hiver dans une vallée isolée de l'Idaho pour veiller sur un élevage d'oeufs de saumon ...



Automne 1978.
Un étudiant se prépare à entrer en troisième année d'université lorsqu'il découvre au hasard d'une petite annonce que le Fish & Game Department de l'Idaho cherche quelqu'un pour s'occuper de 2,5 millions d'œufs de saumon pendant la période hivernale. Alors qu'il n'a que 19 ans et aucune expérience de ce genre d'aventure, il accepte la mission sur un coup de tête et se retrouve donc sous une tente à peine améliorée, pour un long hiver en solitaire au cœur d'une nature sauvage.
Cet étudiant, c'est Pete Fromm, l'auteur, et Indian Creek est le récit autobiographique de ces huit mois passés dans les montagnes rocheuses en hiver. Et contrairement aux héros (fictifs) de David Vann et à celui (réel) d'Into The Wild, tout va plutôt bien se passer pour lui. Son secret ? Une réelle capacité d'adaptation, une curiosité sans limites, un état d'esprit volontaire et enthousiaste, et un zeste souvent salvateur d'autodérision. À travers ce livre, il nous raconte sa découverte du monde sauvage, son apprentissage du froid, de l'hiver et de la solitude, d'une plume vive et enlevée. Le récit est varié, volontairement positif malgré quelques passages plus sombres, souvent drôle et parfois même jubilatoire. Contrairement à d'autres héros de nature writing, Pete Fromm n'est pas là pour fuir la société, mais pour vivre une aventure hors du commun au plus près de la nature, comme celles vécues par les héros de ses livres de chevet. Il n'est donc pas là pour philosopher sur les méfaits de notre monde moderne, ni sur le sens de la vie. Il est simplement là pour nous faire partager son quotidien. Et comme il ne s'ennuie jamais et que tout l'amuse, Indian Creek n'est jamais ennuyant, et souvent amusant.

Un voyage en solitaire épatant et joyeux au cœur de l'hiver.

Indian Creek, un roman de Pete Fromm (Editions Gallmeister, 2006)






MANGA: Le sommet des Dieux

Quelque part sur les pentes d'un haut sommet himalayen, un alpiniste retrouve un appareil photo qui pourrait bien contenir les preuves de l'identité des véritables premiers hommes a avoir atteint le sommet de l'Everest ...



Le sommet des Dieux, ou la rencontre réussie entre l'art du Manga et Frison Roche ...
Contrairement aux apparences, le sommet des Dieux n'est pas inspiré de faits réels, mais bien une fiction, l'adaptation plutôt fidèle (d'après les spécialistes, je ne l'ai pas lu) du roman éponyme de Yumemakura Baku, qui jouit d'une grande renommée au Japon.
À travers l'histoire de son personnage principal Hase Tsunéo (inspiré de Tsunéo Hasegawa, une des légendes de l'alpinisme nippon) le sommet des Dieux est une saga autour d'un appareil photo censé renfermer des clichés prouvant la véritable identité des premiers alpinistes à avoir conquis l'Everest, mais aussi (et surtout) un conte philosophique sur le dépassement de soi, l'obsession, la quête du sens de la vie, le courage et la folie. Le récit alterne habilement des passages narratifs en ville et des scènes en haute montagne, souvent sans dialogues, dans une immersion totale avec la nature et les éléments. Dans ce contexte violent où la montagne se révèle à la fois magnifique et sans pitié, les hommes, confrontés à eux-mêmes, à leurs forces et à leurs faiblesses, se révèlent au fil des pages. Le contexte est grandiose, la dramaturgie intense, et les personnages profonds et charismatiques. Cette longue immersion (5 tomes) dans un milieu peu exploré par la bande dessinée est un cadeau pour les amoureux de la montagne, mais aussi pour les non initiés, qui se laisseront facilement emporter par une histoire fluide et riche en rebondissements, portée par des dessins d'un incroyable réalisme. 
À noter qu'une adaptation cinématographique du roman est sortie en 2016 au Japon, réalisée par Hideyuki Hirayama, et qu'un film (français !) d'animation en 3D est en préparation. 

Pour les amoureux de la montagne et les autres, un des grands chefs d'oeuvre du manga. Grandiose.

Le sommet des Dieux, un manga en 5 tomes de Jirô Taniguchi.
Publié au japon entre 2000 et 2003, puis en France au éditions Kana entre 2004 et 2005.






20 mars 2017

FILM: Une histoire vraie

Alvin, 73 ans, décide de prendre la route sur une vieille tondeuse à gazon pour rendre visite à son frère avec qui il est fâché depuis plus de dix ans ...




Sans doute le moins Lynchien des films de David Lynch, et pourtant l'un de mes préférés, Une Histoire Vraie est à la fois une œuvre profondément humaniste et un véritable voyage au cœur de l'Amérique profonde. Le titre original, the Straight Story, maladroitement traduit en français, vient du nom du véritable personnage dont la (fin) de vie a inspiré le film, Alvin Straight. Car le film une Histoire Vraie est inspiré ... d'une histoire vraie. Le comédien qui interprète Alvin, Richard Farnsworth, 80 ans lors du tournage, fut nommé pour ce rôle à l'Oscar du meilleur acteur et reste encore aujourd'hui le comédien le plus âgé a avoir eu cet honneur dans cette catégorie.
L'histoire est simple.
Suite à une violente dispute, Alvin, 73 ans, n'a pas vu son frère depuis plus de dix ans. Lorsqu'il apprend qu'il est malade, il décide de forcer le destin et d'aller lui rendre visite. Comme il ne sent pas prêt pour ces retrouvailles, Alvin décide de prendre son temps et de faire les quelques centaines de miles qui le séparent de son frère à son rythme, sur une tondeuse à gazon, dans l'espoir que ce (long) voyage l'aidera à mieux vivre cette réconciliation. Ce long trajet tout en lenteur au cœur des immenses plaines agricoles du centre de l'Amérique, loin des paysages spectaculaires de l'Ouest, sera pour lui l'occasion de revisiter sa vie à travers de nombreuses rencontres, mais aussi, au fil des soirées passées à la belle étoile au plus près de la nature, de se découvrir une seconde jeunesse. 
L'immense qualité du film - et ce qui fait sa rareté -  vient de son rythme, qui respecte celui de son héros. David Lynch prend son temps et nous en offre pour savourer le voyage d'Alvin, ses longues lignes droites au milieu des champs comme ses rencontres, sans jamais tenter d'en accélérer artificiellement la cadence. Pour certains, cette lenteur deviendra une épreuve insurmontable, mais pour ceux dont je fais partie qui pensent que nous avons souvent tendance à nous agiter frénétiquement pour pas grand-chose, elle agira comme comme une bouffée d'air bienfaitrice, jouissive et salvatrice. 
Angelo Badalamenti, compositeur attitré de longue date de David Lynch, nous livre ici une de ses partitions les plus abouties, une musique originale habitée qui accompagne le film jusqu'à la séquence finale de retrouvailles entre ces deux frères au crépuscule de leur vie, une scène sobre et bouleversante qui vous hantera longtemps après la fin du générique. 

Une balade tout en lenteur sur les routes de l'Amérique des grandes prairies. Humaniste et dépaysant.

The Straight Story / Une Histoire Vraie, un film de David Lynch, sorti en 1999.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD





16 mars 2017

SERIE: Klondike

Etats-Unis, fin XIXe. Deux jeunes diplômés de l'université de Boston décident de tenter leur chance et de se rendre dans le Yukon pour y participer à la ruée vers l'or ...



Pour les amoureux des romans de Jack London (présent en tant que personnage à l'image), de l'histoire américaine et des grands espaces, la série Klondike est un véritable cadeau.
La grande qualité de ce voyage au pays des chercheurs d'or ne réside pas dans son scénario qui, s'il se laisse suivre sans accrocs, aurait mérité davantage d'enjeux, de profondeur et de rebondissements, mais dans l'incroyable reconstitution historique d'une des périodes à la fois les plus populaires et les plus méconnues de l'histoire de l'Amérique. 
La série s'ouvre par une séquence très spectaculaire de traversée de la White Pass, passage obligatoire pour les chercheurs d'or fraichement débarqués de leur bateau pour atteindre le Yukon, la rivière Klondike, Dawson City, et ses champs aurifères. Une fois de l'autre côté du col, un monde sauvage, violent et rarement source d'enrichissement les attendait. Et c'est la que la série prend tout sa signification, en nous montrant à quel point trouver de l'or dans de telles conditions était difficile, voire impossible. 
Une fois sur place, les chercheurs d'or devaient obtenir une concession, trouver du matériel pour l'exploiter,  y travailler jour et nuit pendant les beaux jours avant que l'hiver ne rende le sol trop dur pour être creusé. Ils devaient survivre à la famine, à la maladie, à l'hiver rigoureux et ses températures inhumaines, le tout dans des conditions de vie misérables, au coeur d'une faune humaine violente, isolée du monde civilisé et de ses lois. Et lorsque certains trouvaient de l'or, ce qui arrivait rarement et presque toujours en petites quantités, ils devaient échapper aux sirènes des sociétés privées qui s'enrichissaient sur les souffrances et les malheurs des chercheurs d'or en rachetant leur maigre butin pour une misère. Pour ceux qui parvenaient malgré ces obstacles à quitter la région avec quelques dizaines de grammes dans les poches, le plus dur restait à venir: ils devaient survivre au long voyage de retour vers le monde civilisé, sur des pistes truffées de pilleurs, de voleurs et de charognards. 
Au terme des quelques heures passées en immersion dans le Yukon sauvage de la fin du XIXe à regarder cette série, une évidence s'impose:  chercheur d'or n'était pas un métier de tout repos. 

Un travail de reconstitution historique impressionnant pour une histoire qui nous immerge dans la réalité de la ruée vers l'or.  

Klondike, une série 3*90' réalisée par Simon Cellan Jones, produit par Ridley Scott, sortie en 2014.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD









13 mars 2017

BD: Sauvage ou la sagesse des Pierres

Suite à la mort de son compagnon de randonnée, une jeune femme se retrouve seule dans une forêt et va faire un voyage mystique et métaphysique au cœur de la nature ...


Sauvage ou la sagesse des Pierres est une (longue) bande dessinée (presque) en noir et blanc qui nous invite à une immersion dans une forêt pour une fable mystique et métaphysique inspirée sur le rapport entre l'homme et la nature. L'héroïne, une jeune femme, voit son compagnon de randonnée mourir devant elle, et va, au sens propre comme au sens figuré se fondre dans la forêt. Durant son errance, elle sera hantée par le souvenir de son compagnon, reflet de sa propre part humaine agonisante. Elle assistera au réveil de sa part animale, et de ses sens depuis longtemps endormis par la vie en société. Elle sera confrontée au monde animal, à travers sa rencontre avec un renard rouge (à n'en pas douter un hommage au Petit Prince), au monde végétal représenté par des séquoias plusieurs fois centenaire, et enfin au monde minéral, à ces pierres annoncées dans le titre, et à leur sagesse.
Au fil des pages, l'auteur, Thomas Gilbert, brasse de nombreux thèmes, mais il nous invite davantage à une transe intérieure qu'à une réflexion structurée, en apportant rarement des réponses aux questions qu'il soulève. Il alterne des passages très lumineux et d'autres beaucoup plus sombres, voir résolument noirs, et il n'épargne rien à son personnage féminin, tant d'un point de vue physique que psychologique. Planches après planche, nous l'accompagnons dans sa quête existentielle, et dans son voyage violent et libératoire au plus proche des éléments naturels. Son histoire, poignante, ne nous lâche pas jusqu'à la dernière page. 
Thomas Gilbert s'offre une grande liberté dans la qualité de ses dessins, parfois très travaillés, d'autres fois plus crayonnés, une disparité qui, lorsque l'on y prête attention, a toujours du sens. Certains, comme moi, pourront être un peu repoussés à la lecture des premières pages par l'âpreté du graphisme, mais le voyage vaut l'effort de passer outre et de se laisser embarquer au cœur de cette forêt, au plus proche des renards, des séquoias, des pierres, de la pluie, du vent, des rivières et des hautes herbes. 

Un voyage au cœur de la nature. Profond et inspiré.

Sauvage ou la Sagesse des Pierres, une bande dessinée de Thomas Gilbert (2016).
Disponible aux Editions Vide Cocagne.








26 février 2017

ROMAN: Rendez-vous avec Rama

2130. Les radars terrestres repèrent un gigantesque vaisseau spatial dans le système solaire qui se dirige vers la Terre. Une équipe de scientifiques part à sa rencontre et découvre à l'intérieur un nouvel écosystème et les traces d'une civilisation disparue...




Rendez-vous avec Rama est avant tout un roman de science-fiction écrit par l'un des maîtres du genre, Arthur C. Clarke, le papa entre autres de 2001: l'odyssée de l'espace. Le vaisseau spatial qui entre dans les système solaire et se dirige droit vers la Terre se révèle être un gigantesque cylindre renfermant un écosystème endormi par le froid, et qui va se réveiller au fur et à mesure que le vaisseau se rapproche du soleil ... La particularité de Rendez-vous avec Rama réside dans la minutie avec laquelle l'auteur s'intéresse à cet écosystème mystérieux. La faune et la flore qui y vivent sont à la fois proches des nôtres, et totalement différentes. Petit à petit, nous découvrons avec les scientifiques de l'expédition les merveilles de Rama, l'occasion d'un voyage documenté et poétique dans une autre nature que la nôtre. Une expérience unique et savoureuse. 

Le mariage réussi de la science-fiction et du nature writing. Unique.

Rendez-vous avec Rama, un roman d'Arthur C. Clarke
Première édition en 1973. Disponible dans de nombreuses éditions.





Le Cycle de Rama:
Rendez-Vous avec Rama (1973)
Rama 2 (1989)
Les Jardins de Rama (1991)
Rama Révélé (1993, avec Gentry Lee)




25 février 2017

FILM & ESSAI: Into The Wild

Un livre (et un film) retraçant l'histoire vraie de Chris McCandless, jeune américain ayant tout abandonné pour se perdre et se retrouver dans la nature...












Alexander McCandless, alias Alexander Supertramp, disciple de Thoreau, de London et de Tolstoï, décide à la fin de ses études de bruler sa carte bleue, et de renoncer à la société pour être au plus proche de la vérité, celle des grands espaces et des rencontres inattendues.
La principale particularité d’Into The Wild est de s’inspirer d’une histoire vraie, ce qui renforce l’intérêt pour cet incroyable récit à ciel ouvert, qui fait maintenant pleinement partie des classique du nature writing. Le livre à l’origine du film n’est pas un roman mais un compte rendu de l’enquête de son auteur, le journaliste Jon Krakauer qui, après la mort d’Alexander McCandless, a cherché à comprendre sa philosophie de vie, et à retracer son parcours. Son travail au plus près de la vérité se ressent à chaque page.

Si le film prend quelques libertés avec le livre dont il est inspiré, il respecte dans les grandes lignes la véritable histoire d’Alexandre McCandless. A un détail prés : il sous entend parfois que le personnage avait dans son extrémisme des envies de suicide, ce qui le livre dément formellement. Pour le reste, la réalisation de Sean Penn donne la part belle aux paysages grandioses de l’ouest américain et à des personnages touchants qui, les uns après les autres, construisent la légende d’Alexandre Supertramp en nourissant son évolution. L’interprétation du comédien principal, Emile Hirch, qui s’est beaucoup investi dans la préparation du tournage, apporte une lumière et une crédibilité saisissantes au personnage central d’Into The Wild.
Avec la sensation à travers son voyage qu'Alexander accède à une vérité essentielle sur le sens de la vie dont nous avons tous conscience au fond de nous mais que nous avons oublié: nous sommes avant tout les membres d'un grand tout que l'on appelle nature.
A noter, cerise sur la gâteau, la magnifique bande originale signée Eddie Vedder.

Un film habité et en apesanteur, et un livre encore meilleur.


Voyage au bout de la solitude (Into the Wild), un essai de Jon Krakauer
Presses de la Cité, 1997 (ISBN 3492227082)


Into The Wild, un film de Sean Penn, sortie 9 Janvier 2008
Disponible en DVD/BlueRay/VOD






24 février 2017

FILM: All is Lost

Le combat pour sa survie d'un navigateur solitaire sur un voilier endommagé suite à une collision...




Voir Robert Redfort, (vraiment) seul sur un bateau, sa gueule d’ange burinée par les années, se battre contre l’adversité pendant plus de deux heures, est déjà en soi un vrai moment de cinéma. La mise en scène, époustouflante dans certaines séquences, nous immerge pleinement dans cette lutte pour la survie, ce qui est d'autant plus étonnant lorsque l'on sait qu’un certain nombre de scènes ont été tournées en studio, et truffées d’effet spéciaux invisibles. Pourtant, nous sommes pleinement avec cet homme qui, au crépuscule de sa vie, seul sur son voilier endommagé, refuse de lâcher prise et qui, grâce à son expérience de la mer et son instinct de survie, surmonte les unes après les autres les épreuves que l'océan fait déferler sur lui.

Arrêtez le film trois minutes avant la fin, et vous aurez vu un petit chef d’œuvre.
Choisissez de le voir jusqu’au générique, et vous aurez vu un très bon film.

Un huis clos à un seul personnage à ciel ouvert, iodé et intense.

All is Lost, un film de J.C. Chandler, sorti en 2013.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD