Wales & Divers

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Anuar Patjane Floriuk / National Geographic Traveler Photo Contest

31 décembre 2016

ROMAN: Le Journal Intime d'un Arbre

Tristan, poirier plusieurs fois centenaire tout juste abattu par une tempête, revisite sa vie, et ses rapports avec les Hommes ...














Journal intime d'un arbre est un roman qui ne ment pas sur son contenu. Comme promis par son titre, il nous offre, à la première personne du singulier, les états d'âme d'un arbre au crépuscule de son existence, qui revisite trois cents ans de sa vie. Le concept fonctionne plutôt bien, à un détail près, malheureusement essentiel à mes yeux: l'auteur a choisi de s'intéresser à un poirier installé dans la cour d'une ferme, plutôt qu'à un arbre vivant dans un milieu sauvage. Ce parti pris légitime et néanmoins intéressant entraine le récit à s'intéresser davantage au fonctionnement du monde des hommes que sur sa vie de végétal dans son environnement naturel. Le regard qu'il porte sur notre monde est souvent pertinent, parfois critique, mais toujours bienveillant, et finalement assez sage, voire académique. Les amateurs de belle littérature apprécieront la qualité de l'écriture, mais ceux qui comme moi espéraient une aventure extrême et engagée sur la vie d'un arbre dans un milieu sauvage resteront un peu extérieurs à cette histoire finalement assez humaine. 
Malgré ces réserves (très subjectives, je le reconnais), Journal intime d'un arbre nous offre une jolie histoire, originale et enlevée, qui porte en elle une idée essentielle: les arbres aussi ont une âme. Et la nature sans doute une conscience. 

Un regard original sur le monde des hommes, du point de vue d'un arbre. 

Journal intime d'un arbre, un roman de Didier Van Cauwelaert,
disponible aux éditions Michel Laffon.



















30 décembre 2016

DOC: La Vallée des Loups

Un homme, persuadé que les loups ont fait leur retour dans une vallée perdue des Alpes, part à leur recherche ...



Attention: le film est bien meilleur qu'elle ne le laisse présager la bande-annonce. La Vallée des Loups est un vrai documentaire, élégant et habité, qui nous invite dans une nature réellement sauvage française, ce qui n'est pas si fréquent, et très agréable.

Réalisateur de documentaire, Jean-Michel Bertrand se met en scène dans ce documentaire consacré à ses deux années passées à arpenter inlassablement une vallée isolée du sud du parc de la Vanoise. Et ce dispositif simple fonctionne. Notre héros (et donc notre réalisateur) explore chaque recoin de cette immense vallée, sac sur le dos, jumelles en bandoulières, sous le soleil, sous la pluie ou sous la neige, en été comme en hiver,  à la recherche d'une hypothétique meute de loups qui s'y serait installé. Les images sont souvent magnifiques, comme la musique, et le soliloque du personnage principal plutôt intéressant. Le film aurait sans doute pu s'en passer, mais reconnaissons qu'il ne nuit pas à notre plaisir, ce qui est rarement le cas dans ce genre de procédé narratif. 
Au fur et à mesure que sa stratégie s'affine, notre explorateur infatigable installe des caméras automatiques dans des lieux supposés de passage, et les relève de temps en temps, non sans prendre le temps de nous montrer le résultat à l'image: des sangliers passent devant l'objectif fixe, des renards, des cerfs, des bouquetins ... Mais, pendant près de la moitié du film, point de loup.
Alors que film s'étire un peu, notre patience est mise à l'épreuve, mais la générosité du réalisateur/héros dans sa quête, sa patience (presque) infinie, et sa pugnacité face à l'adversité forcent suffisamment notre admiration pour nous maintenir à ses côtés. Et lorsque les images des loups arrivent enfin, magnifiques et troublantes, elles sont autant sa récompense que la nôtre. 

Un documentaire en immersion élégant et habité. Une vraie réussite.

La Vallée des Loups, un documentaire de 90' de Jean Michel Bertrand, sortie le 4 janvier 2017.









21 décembre 2016

FILM: Wild

Suite à une rupture amoureuse et au décès de sa mère, une jeune femme en souffrance plaque tout pour se lancer dans une longue randonnée dans l'Ouest américain...



Oui, il faut le reconnaitre, Wild est avant tout une incroyable publicité pour le Pacific Crest Trail, un chemin de randonnée qui longe l'océan pacifique depuis l'intérieur des terres entre le Mexique et le Canada. Le Pacific Crest Trail, le PCT pour les initiés, est à l'Amérique du Nord ce que le chemin de Compostelle est à l'Europe, dans une version américaine forcément plus longue, plus éprouvante, plus spectaculaire, et parfaitement laïque. Au programme, 4200 kilomètres (entre quatre et six mois de marche selon le rythme de chacun) à travers le désert californien, les hauts sommets de la Sierra Nevada, les plaines de l'Oregon et les forêts humides de l'état de Washington, à travers une bonne demi-douzaine de parcs nationaux. Avec pour ceux qui parviennent au bout de leur peine, le titre de thru-hikers, l'équivalent d'une Palme d'Or à Cannes dans le milieu de la randonnée. 
Inspiré de la véritable histoire de Cheryl Strayed, et basé sur son propre roman, Wild est un film de randonnée entrecoupé ça et là de flashbacks narrants les traumatismes passés de son héroïne. 
Si l'écriture de ce drama est parfois cousue de fil blanc et souvent attendu, l'intérêt du film est ailleurs. Reese Whisterpoon, à la fois comédienne principale et productrice du film, est suffisamment investie dans son personnage pour le rendre crédible et touchant, et donc nous donner envie de marcher avec elle. Les déboires de cette jeune femme inexpérimentée découvrant les rudiments de la randonnée en autonomie, souvent justes et drôles, la rendent encore plus attachante. C'est donc avec plaisir et empathie que nous la suivons durant plus de deux heures sur les chemins du PCT, dans des paysages variés et toujours sublimes. Et la magie opère. La quête de purification intérieure de Cheryl devient la nôtre, et lorsque qu'elle trouve enfin sa rédemption tant attendue, nous, spectateurs concernés, n'avons plus qu'une seule envie: prendre un billet d'avion pour la Californie pour marcher à notre tour sur cet incroyable chemin de randonnée.

Un parcours initiatique dans la nature sauvage de l'Ouest américain.

Wild, un film de Jean Marc Vallée, sorti en 2014
Disponible en DVD/BlueRay/VOD










11 décembre 2016

ROMAN: Sukkwan Island

Un homme s'installe sur une île avec son fils pour renouer avec la nature, mais les choses ne vont pas se passer aussi bien qu'il l'espérait ...



Sukkwan Island, ou le retour à la nature quand tout se passe mal ...
Jim est sincère lorsqu'il impose à son fils de treize ans de l'accompagner sur une petite île isolée du sud de l'Alaska pour vivre au plus près de la nature. Ce père de famille rêve depuis longtemps de ce changement de vie radical, qui doit lui permettre de transmettre à son fils d'autres valeurs que celles proposées par la société actuelle. Son manque de préparation et de lucidité va le ramener très vite à la réalité et les plonger dès leur arrivée sur l'île dans un cauchemar éveillé. La violence de leur confrontation permanente avec le climat, les éléments naturels et la faune locale agira alors comme un révélateur de la noirceur de leurs âmes, et de leur immense fragilité. Malgré leur combat pour survivre à ces épreuves, leur quotidien se dégradera inexorablement.
Sukkwan Island est un roman éprouvant, parfois à la limite du soutenable, habité par un coup de théâtre imprévisible, soudain et d'une noirceur infinie à peu près à mi-parcours du récit.
Ceux qui, comme moi, fantasment sur le retour à la nature ne sortiront pas indemnes de ce voyage, qui raisonnera comme un avertissement sans frais: aussi belle soit-elle, la nature est sans pitié pour les citadins mal préparés et les âmes fragiles.

Le rapport à la nature, dans sa version obscure. Apre et fascinant.

Sukkwan Island, roman de David Vann (Editions Gallmeister, 2010)






FILM: La Dernière Piste

Trois chariots de colons perdus dans la nature pendant la conquête de l'Ouest.

















Une rivière qui s'écoule lentement.
Un premier chariot la traverse, à son rythme. 
Puis un second.
Puis, beaucoup plus tard, un troisième, un peu à la traîne.
L'image est presque carrée, la caméra fixe, le son naturaliste, les dialogues minimalistes. 
Avec ce long plan-séquence qui ouvre le film, le ton est donné. 

La Dernière Piste fascine avant tout par son jusqu'au-boutisme.
Chez Kelly Reichardt, réalisatrice de films indépendants soutenue depuis ses débuts par le festival de Sundance, pas de compromis ni de soumission à une quelconque facilité. Pendant plus de deux heures, elle nous invite à suivre trois chariots et leur demi-douzaine d'occupants pour une lente errance dans les prairies de l'Ouest américain, et rien d'autre. Pas de rencontre avec d'autres pionniers, ni de ravitaillements en ville, ni de lumière qui brillent au loin dans la nuit. Ils sont seuls, livrés à eux-mêmes, et nous avec eux.
Le film est lent, contemplatif de paysages volontairement mornes et répétitifs. En prenant son temps, la réalisatrice nous en offre. Certains refuseront sans doute ce rythme particulier, mais ceux qui l'accepteront entreront dans une transe hypnotique dans laquelle le temps se déforme, et la perception sensorielle des images et des sons est exacerbée.
Durant les premières scènes, le choix d'une image très "carrée" (4/3) perturbe un peu, mais, petit à petit, ce choix audacieux et surprenant pour un film de grands espaces prend tout son sens. La réalisatrice n'est pas là pour nous offrir une ballade touristique dans les magnifiques paysages, mais pour nous imposer un voyage âpre et angoissant dans des décors immenses, monotones et inconnus. Et cela fonctionne. La tension est là, palpable, toujours plus intense. Le danger, animal ou humain (comprendre indien), peut surgir à tout moment, derrière chaque colline, au bout de chaque virage. Avec cette image carrée, nous sommes comme les pionniers que nous suivons, nous ne maitrisons que ce qui est juste à proximité d'eux. Tout le reste est inconnu et danger. 
Et lorsqu'un Indien, perdu lui aussi, croise leur chemin, le film devient moins naturaliste pour se consacrer à une thématique humaine universelle: la peur de l'autre, de l'inconnu, de l'étranger.
Un sujet plus que jamais d'actualité. 

Un film minimaliste et âpre sur le rapport entre l'Homme et les grands espaces.

La Dernière Piste / Meek's cutoff, un film de Kelly Reichardt, sorti en 2010.
Disponible en DVD/Blue Ray/VOD




Sur ce site, pour les amoureux des films contemplatifs:

FILM: La Tortue Rouge
DOC: Two Years at Sea
FILM: Le Mur Invisible




3 décembre 2016

BD: Construire un Feu

Un homme et son chien, seuls dans le froid extrême du Klondike à l'époque de la ruée vers l'or...


Inspiré d'une nouvelle de Jack London, Construire un feu est un huis clos à deux dans le froid glacial de l'Alaska. La déambulation de cet homme et de son chien au milieu de la nature endormie par l'hiver, sobre et dépouillée, rythmée par la voix off du narrateur, nous rappelle l'importance du feu dans les conditions extrêmes. Portée par des dessins âpres et presque monochromes, il nous invite à une marche funeste loin de tout en parvenant à nous faire ressentir le froid même assis au chaud au coin de notre cheminée. 

Simple et immersif. 

Construire un feu, une bande dessinée de Christophe Chabouté, première édition en 2007.
Disponible dans la collection Vent d'Ouest des éditions Glénat (2016).






2 décembre 2016

BD: Un Océan d'Amour

Un pêcheur breton se perd en mer et va vivre un incroyable aventure humaine et maritime, pendant que sa femme part à sa recherche.





Un océan d’amour raconte à la fois une formidable histoire d’amour entre un pêcheur et une cuisinière bretons, et un voyage homérien à bord d’une vieille barquasse de pêcheur perdue sur l’immensité de l’océan. Le récit s’articule autour de deux histoires parallèles, celle d’un marin perdu qui cherche à rentrer chez lui, et celle d’une femme prête à prendre tous les risques pour retrouver celui qu’elle aime. Le périple du pêcheur permet à ses auteurs de dresser un état des lieux alarmant de l’état actuel des océans, avec un mélange de militantisme et de poésie très proche de celui de mon roman Comme un Albatros. L’aventure de sa compagne nous entraîne dans un romance sentimentale à travers le voyage d’une femme dans un monde éloigné du sien.

Le parti pris de raconter cette histoire uniquement par l'image (c'est à dire sans dialogue) renforce encore la poésie qui habite chaque case de ce petit chef d’œuvre de la bande dessinée.

Une formidable odyssée poétique sur la mer et l'amour ...

Un Océan d'Amour, bande dessinée de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione (Delcourt, 2014)





1 décembre 2016

DOC: Demain

Un voyage au quatre coins de la planète à la rencontre de pionniers qui innovent en matière d'économie, d'énergie, d'agriculture, de démocratie et d'éducation. Des idées pour un meilleur monde.



Dès le début du film, le ton volontaire et optimiste de ce documentaire altermondialiste d'un nouveau mode nous fait du bien. Plutôt que de dresser un énième bilan sombre et pessimiste de notre situation écologique et de nos perspectives peu réjouissantes d'avenir, les réalisateurs et leur petite équipe proposent des solutions concrètes pour améliorer notre quotidien et construire un futur viable, avec en filigrane un message à la "Yes we can" clair et assumé. Et ce message, au-delà des promesses qui seront tenues (par le film) et de celles qui le seront moins, fait du bien à entendre. On sort de ce voyage aux quatre coins de la planète à la rencontre d'individus qui sont en train de révolutionner (plus ou moins) leur manière de vie en croyant que tout est (peut-être encore) possible, ce qui est déjà un beau cadeau.
Et pour répondre à la polémique du moment, le projeter dans toutes les écoles primaires serait forcément une bonne initiative.

Un documentaire résolument optimiste et constructif présentant des solutions concrètes en matière de préservation de l'environnement.


Demain, documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent (sortie le 2 décembre 2015)
Disponible en DVD / VOD








28 novembre 2016

DOC: Grizzly Man

Portrait de Tim Treadwell, écologiste illuminé et controversé, qui a passé plusieurs années de sa vie à vivre avec les grizzlys.


Portrait d'un allumé, par un allumé.
Devant la caméra, Timothy Treadwell, dévoré par des grizzlys (avec sa compagne Amie) en 2003, après des mois passés à vivre avec eux. Derrière la caméra, Werner Herzog, réalisateur (entre autres) d'Aguirre, la colère de Dieu, de Fitzcarraldo ou encore de Nosferatu, fantôme de la nuit, qui essaye dans ce documentaire de comprendre la personnalité de son héros à travers des dizaines d'heures de rush tournées avant sa mort. 
Ou comment faire un portrait d'un homme sans jamais l'avoir rencontré. 
Dès les premières séquences, on comprend pourquoi Werner Herzog s'intéresse à lui. Comme chez les héros de ses propres films, il y a chez Timothy Treadwell de la démesure, du narcissisme, de la grandiloquence, et une incontestable touche de génie qui s'apparente comme souvent à de la folie. Le film nous invite donc en Alaska, dans le Katmaï National Park, à vivre avec Tim toujours plus proche des grizzlys. Et il n'a pas peur de s'en approcher vraiment. Le personnage étonne avant tout par son ambiguïté. Si son engagement dans la lutte pour sensibiliser le grand public à la nécessaire protection des ours sauvages est sincère, on se demande souvent s'il n'est pas avant tout là pour se mettre en scène, faire le show et assoir sa notoriété. Tour à tour très professionnel dans ses actes et ses commentaires et au-delà de l'amateurisme le plus total, Tim nous agace presque autant qu'il nous intéresse. Son funeste destin, annoncé dès le début du film, nous aide à tenir, à rester jusqu'à la fin pour assister à sa mort. Le procédé est discutable, mais il fonctionne. Et malgré ses mauvais côtés, Timothy Treadwell est probablement celui qui s'est approché au plus près de cette espèce fascinante et majestueuse qu'est le grizzly. Les images qu'il a rapportées de ses expéditions dans une région à la beauté réellement sauvage restent rares et exceptionnelles.
La fin du film, tragique et brutale, nous rappelle une évidence: le monde sauvage, même lorsque l'on a l'impression de l'avoir apprivoisé, reste sauvage.

Un documentaire poignant et dérangeant sur le rapport entre l'homme et l'animal sauvage.

Grizzly Man, un documentaire de Werner Herzog (2005)
Disponible en DVD/Blue Ray/VOD.







26 novembre 2016

FILM: Et au milieu coule une Rivière

Montana, début du siècle. Un pasteur inculque à ses enfants sa philosophie de vie à travers sa passion pour le pêche à la mouche ...



À travers l'histoire de ce pasteur et de ces deux fils unis par leur passion commune pour la pêche à la mouche, Robert Redford, grand amoureux de l'Amérique des grands espaces, nous offre sans doute son film le plus personnel. Inspiré d'une nouvelle de Norman MacLean, La rivière du Sixième Jour, le réalisateur s'offre un luxe rare, celui de prendre son temps pour nous laisser nous imprégner des bienfaits de ce rapport entre l'Homme, la rivière et la nature environnante.
Le père, interprété par Tom Skerritt, à la fois dur et généreux, Brad Pitt, dans l'une de ses premières apparitions au cinéma, et tous les autres rôles principaux nourrissent cette saga familiale en la rendant à la fois sobre et émouvante.
Mais la grande force du film réside avant tout dans le fait que la philosophie de vie du père, inspirée par un mouvement nord-américain du début du XVIIe siècle initié par Izaac Walton, est davantage suggérée qu'imposée, ce qui laisse l'espace au spectateur pour se l'approprier, dans sa totalité ou en partie seulement, à son rythme, sans avoir l'impression d'assister à une démonstration démagogique pesante. Presque deux cents ans avant Thoreau, cette pensée qui associe philosophie, religion, rapport à la nature et pêche à la mouche se révèle aujourd'hui incroyablement avant-gardiste. 

Une ode à la famille et à la vie au contact de la nature. Dépaysant et apaisant.

Et au milieu coule une Rivière (A River through it), un film de Robert Redford sorti en 1992.
Disponible en DVD/BlueRay/VOD.







25 novembre 2016

ROMAN: L'Homme qui marchait sur la Lune

Un homme arpente inlassablement la Lune, une montagne de l'Ouest américain... 



L'homme qui marchait sur la Lune est un roman court, porté par une belle écriture, très visuelle, qui nous invite à suivre un homme solitaire obsédé par une montagne perdue dans le désert du Nevada. Très vite, nous sommes avec lui, au plus proche de la nature, dans une déambulation sans fin gratuite et inexpliquée. Pourtant, petit à petit, le personnage se révèle. Dans un passé pas si lointain, il était soldat dans l'armée américaine, une sorte de tueur à gages officiel qui semblait accomplir ses missions froidement et sans états d'âme. Lorsqu'il découvre qu'un autre homme arpente comme lui la montagne, sa montagne, il imagine alors qu'il s'agit là d'un proche d'une de ses victimes, venue là pour se venger. Dès lors, le récit bascule dans une chasse à l'homme lente et graduelle, sans que l'on sache jamais vraiment si la présence de cet intrus est une réalité, ou le fruit de la paranoïa de notre héros, plus torturé qu'il ne se l'avoue par son passé violent.
La fin,violente et magnifique, apportera une surprenante réponse à cette question. 
La grande force de ce roman réside dans la capacité de son auteur à nous immerger pleinement dans les errances répétitives et obsessionnelles de son personnage central sur cette montagne aride et froide, et à nous entraîner avec lui dans une transe intérieure hypnotique au plus près de la nature. 

Un thriller intérieur au coeur de la nature. Etonnant et captivant.

L'homme qui marchait sur la Lune, un roman d'Howard McCord (Editions Gallmeister, 2006)







24 novembre 2016

FILM: La Vie Pure

L'histoire (réelle) de Raymond Maufrais, jeune explorateur français de 23 ans parti en 1949 en expédition solitaire dans les forêts de Guyane à la recherche d'une tribu indienne encore inconnue ...



Le cinéma français (comme la littérature) traitant trop rarement du rapport entre l'homme et la nature, il était impossible de ne pas saluer l'existence de ce film (français, donc) dans ce blog, mais malgré un titre plus que prometteur, le film ne tient pas toutes ses promesses, loin de là.
Plutôt que de s'intéresser de la quête de la vie pure, que ce soit d'un point de vue métaphysique, spirituel ou même altermondialiste, l'auteur/réalisateur choisit une autre thématique, l'obstination de son héros à aller au bout de ses rêves, coûte que coûte.  Nous assistons donc à l'aventure humaine touchante d'un jeune homme prêt à tout sacrifier pour être le premier à entrer en contact avec une tribu indienne vivant au coeur de l'immensité de la forêt guyanaise, et au combat de son père pour le retrouver avant qu'il ne soit trop tard. Ce parti pris thématique, tout à fait légitime, n'en demeure pas moins surprenant lorsque l'on sait que le réalisateur est allé au bout de son propos en emmenant son équipe au coeur de la forêt originelle guyanaise, loin de la civilisation, pendant une assez longue période de tournage. 
Lorsque le héros finit par se retrouver livré à lui-même au coeur d'une nature dont il ne connait presque rien, le film devient subitement brutal, violent, presque douloureux à regarder. Cette dernière demi-heure du film, réaliste et plutôt convaincante, aurait sans doute été plus intéressante si elle avait été précédée d'une phase plus contemplative et plus spirituelle pour nous connecter avec la beauté et la puissance de la forêt, avant de nous la rendre âpre et forcément tragique.
Il n'en reste pas moins de très jolies séquences dans cette magnifique forêt guyanaise, qui mènent à une scène finale sublime, d'une poésie et d'une puissance métaphysique rare. On regrette alors que le film se termine, et surtout qu'il n'ait pas basculé plus vite dans cette véritable quête de la vie pure que le héros finit tout de même par atteindre.  

Quand le rapport à la nature se durcit. Inégal mais honnête et généreux. 

La Vie Pure, film français de Jérémy Banster, sorti le 25 Novembre 2015
Disponible en VOD, et le 25 décembre 2016 en BlueRay/DVD




22 novembre 2016

BD: Magasin Général

Quebéc, 1920. Chronique de la vie de Marie, jeune veuve héritière du magasin général de Notre-Dame-Des-Lacs, et de ses habitants...













Neuf albums, soit près de 1000 pages, passés à Notre-Dame-des-Lacs, village isolé dans la nature québécoise ... Quel bonheur !
Magasin Général nous invite à nous immerger dans le quotidien d'un petit village québécois du début du 20e siècle, au coeur de sa galerie d'habitants hauts en couleur. Le récit est centré sur Marie, jeune femme d'une petite trentaine d'années, qui suite au décès de son mari (le narrateur du récit qui nous accompagne d'album en album, brillante idée) va devoir s'occuper seule du magasin général du village, point central du quotidien de cette petite communauté vivant presque en autarcie dans l'immensité de la forêt canadienne. Si Marie est le personnage central, l'histoire s'intéresse également la vie des autres villageois, parmi lesquels un maire du village secoué dans ses habitudes, un curé à la croisée des chemins, un fabriquant de bateau farfelu, un simplet du village plus important pour la communauté qu'il n'en a l'air, trois grenouilles de bénitier locales irrésistibles... Sans oublier Serge, voyageur urbain égaré dans ce havre de conservatisme dont il va lentement mais profondément bousculer les habitudes.
La grande force de Magasin Général réside dans la richesse de cette galerie de personnages, mais également dans la manière dont les auteurs traitent de leur arène. Ici, la forêt et la campagne sont des personnages à part entière qui interagissent avec le parcours des personnages. La narration se construit sur l'alternance de scène de vies intimistes, d'autres plus collectives, et d'ellipses temporelles au plus prés de la nature. Au fil de l'histoire, la faune et la flore locales se révèlent, saison après saison, pour notre plus grand plaisir. 
Portées par des dessins d'une douceur et d'une poésie infinies (notion très subjective, je vous l'accorde), certaines planches sans texte sont de véritables oeuvres d'écopoétique, au sens le plus pur du terme, dans lesquelles les auteurs prennent le temps de connecter leurs personnages à leur environnement, en nous offrant un cadeau rare: un espace temporel et visuel pour explorer et savourer la nature dans laquelle baigne Notre-Dame-des-Lacs.
Au-delà de la portée ethnologique et humaniste de son histoire, Magasin Général est aussi une formidable oeuvre féministe, qui va voir Marie devoir trouver sa place en tant que femme célibataire dans un monde où tout est basé sur la famille, au sein d'une communauté essentiellement féminine puisque les hommes partent plusieurs fois par an pour de longs périples dans les bois en abandonnant à leurs conjointes/mères/filles l'organisation de la vie du village. Enfin, c'est une oeuvre sur l'ouverture à la modernité, à travers le personnage de Serge, citadin aux moeurs très différentes qui va obliger la communauté de ce petit village traditionnel (pour ne pas dire traditionaliste) à accepter le changement et à s'ouvrir en douceur à la modernité. 

Un des chefs d'oeuvre de la bande dessinée contemporaine.


Magasin Général, une série de 9 bandes dessinées de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp.
Paru aux éditions Casterman entre 2006 et 2014.




Tome 1: Marie
Tome 2: Serge
Tome 3: Les Hommes
Tome 4: Confessions
Tome 5: Montréal
Tome 6: Ernest Latulippe
Tome 7: Charleston
Tome 8: Les Femmes
Tome 9: Notre-Dame-des-Lacs





21 novembre 2016

DOC: Before the Flood / Avant le Déluge

2016. Leonardo Di Caprio, star mondiale, fraichement nommé ambassadeur de l'ONU, en charge du réchauffement climatique, dresse un bilan de l'urgence de la situation actuelle.



Dix ans après Une Vérité qui Dérange, Léonardo Di Caprio reprend le flambeau des mains d'Al Gore et met son image en jeu pour persuader les sceptiques du réchauffement climatique de l'urgence de notre situation. 
Après trois années passées à sillonner le monde, le réalisateur Fisher Stevens et la star hollywoodienne nous livrent un documentaire-choc sur l'état de la planète et ses perspectives d'avenir en matière d'écologie. Leur constat, forcément grave, se veut néanmoins optimiste et rempli d'espoir. Before The Flood (à prendre au sens biblique du terme) alterne les mises en gardes alarmistes (le massacre des forêts philippines pour créer des champs sans fin d'huile de palme, l'accélération de la fonte de l'immense calotte glaciaire du Groenland, les premiers déplacements de population de réfugiés climatiques des iles du pacifique sur le point de disparaitre suite à l'augmentation du niveau de la mer, etc) et les avancées remplies d'espoir (la prise de conscience du gouvernement chinois en matière d'écologie, l'indépendance vis-à-vis d'énergies fossiles des Pays-Bas, les progrès constants de l'Allemagne en matière d'énergies renouvelables, et bien sûr la signature des accords de Paris de la COP21).
Alors qu'un climatosceptique s'installe pour quatre années à la tête de la première puissance mondiale, le film résonne comme un avertissement pour rappeler à l'Amérique sa responsabilité dans la dégradation de la situation actuelle, et son indispensable implication dans toutes les décisions qui permettront de sauver ce qui peut encore l'être.

Un nouveau cri d'alarme dans un monde qui continue à faire comme si l'essentiel était ailleurs. L'un des plus grands mystères de notre époque. 

Before the Flood, un documentaire de Fisher Stevens, sorti en 2016.


La bande-annonce:



Le discours de Léonardo Di Caprio devant les représentants de l'ONU:






10 novembre 2016

ROMAN: L'Enchanteur

La légende des Chevaliers de la Table Ronde, revisitée par Barjavel, et centrée sur le personnage de Merlin, enchanteur sylvestre dans une forêt de Brocéliande plus mythique et fascinante que jamais ...

Un roman à la fois classique et novateur. Une curiosité. 

L'Enchanteur, un roman de René Barjavel.
Première édition en 1984. Disponible chez Gallimard dans la collection Folio. 




25 octobre 2016

ROMAN: Robinson Crusoé

Suite au naufrage de son bateau, Robinson se retrouve seul sur une île déserte ...

Deux classiques du genre, dans deux versions aussi passionnante l'une que l'autre. Universel et indémodable.

Robinson Crusoé, de Daniel Defoe.
Première édition en 1719.
Disponible dans d'innombrables éditions.




Vendredi ou les Limbes du Pacifiques, de Michel Tournier.
Première édition en 1967 aux Editions Gallimard.
Grand Prix du Roman de l'Académie Française.
Existe aussi en version jeune public sous le titre Vendredi ou la Vie Sauvage.










20 octobre 2016

RECIT: La longue route

Le carnet de bord du marin et philosophe des années 60 Bernard Moitessier, pionnier de la course à la voile en solitaire et altermondialiste avant l'heure, durant la première course à la voile autour du monde en solitaire en 1968.

Son oeuvre majeur, et la référence absolue en matière de récit maritime autobiographique. Beau et profond comme l'Océan. 

La Longue Route, de Bernard Moitessier.
Première parution en 1971 aux Editions Arthaud.
Disponible chez Arthaud, collection « Mer », 2005 et en format de poche (J'ai lu, 1995)









15 octobre 2016

ESSAI: Dans les forêts de Sibérie

Les six mois de Sylvain Tesson, écrivain voyageur français, dans une cabane sur les bords du lac Baikal en plein hiver sibérien.

Un récit autobiographique inspiré et personnel sur la solitude et le rapport aux grands espaces. Essentiel.

Dans les forêts de Sibérie, un essai de Sylvain Tesson.
Première publication en 2011 dans la collection NRF des éditions Gallimard, disponible également dans la collection Folio.